jeudi 26 octobre 2017

Conférence d'Alex Salmond à l'Interceltique de Lorient en août 2017

 Avec retard, ci-dessous le texte de la conférence donnée par Alex Salmond, l'ancien Premier ministre d’Écosse et ancien leader du SNP, lors du Festival interceltique de Lorient, en, août dernier.  A compléter avec la lecture de son livre édité en français "Notre rêve ne mourra jamais" aux éditions Yoran.

Conférence donnée par Mr Alex Salmond
le lundi 7 août 2017 dans le cadre du Festival Interceltique de Lorient - Bretagne




Une Europe des peuples


C'est un grand plaisir pour moi d'être ici à Lorient à l'occasion de ce célèbre festival. Et un plaisir tout particulier de présenter la traduction en français de mon livre « Notre rêve ne mourra jamais » qui raconte en détails l'histoire du référendum de 2014.

L'Europe connaît depuis quelque temps une série de crises sérieuses.

Bien que les dangers du populisme d’extrême droite aient été écartés au cœur même de l'Europe, aux Pays-Bas ou en France, son ombre plane toujours à l'est et à l'ouest.

Le Brexit semble conduire le Royaume-uni dans une impasse calamiteuse tandis que les mauvais élèves de l'Europe que sont la Hongrie et la Pologne exaspèrent au plus haut point Bruxelles. La gestion calme et mesurée du Brexit par Michel Barnier (jusqu'à présent) donne l'illusion que l'on peut gérer ces problèmes sans remettre en cause les fondements et les valeurs essentiels de l'Europe bien que la dérive autoritaire incontrôlable (jusqu'à présent) du gouvernement polonais pousse certains à suggérer l'expulsion de la Pologne de l'Union européenne.

Pendant ce temps, la Commission fait la sourde oreille à certains processus démocratiques au sein de ses propres frontières. Apparemment, tant qu'un état reste fidèle et loyal à l'Union européenne, certains droits démocratiques passent au second plan pour les bureaucrates européens, comme s'en rend actuellement compte la Catalogne.

Cependant tous ces défis que rencontre l'Europe illustrent de façon assez cruelle son propre échec depuis les années 90 quand les travailleurs se tournaient vers Bruxelles pour mieux défendre leurs droits, quand les nations sans état voyaient en Bruxelles un allié pour contrer le centralisme des gouvernements dominants ou quand les Européens de l'Est juste libérés de l'emprise communiste voyaient leur salut dans les valeurs européennes.

La situation actuelle de l’Écosse peut nourrir la réflexion et les raisons s'en retrouvent dans le passé européen de notre pays.

Depuis 1000 ans, il y a eu deux chocs fondamentaux, deux surprises, sinon deux tournants dans l'histoire européenne. Le premier c'est le titre de champion de la Premier League anglaise du club de football de Leicester City , il y a deux saisons...... Et le second fut la victoire d'une armée de va-nu-pieds écossais en 1297 à Stirling contre la fine fleur de la chevalerie Plantagenêt.

Ce n'est pas un fait unique. Des paysans flamands infligèrent le même sort aux chevaliers français quelques années plus tard à Courtrai.Mais la victoire de Stirling marque un vrai tournant dans l'histoire médiévale,

Un peu comme le club de Leicester, William Wallace mordit la poussière la saison suivante à la bataille de Falkirk. Cependant après la bataille de Stirling, que firent les deux Gardiens de l’Écosse qu'étaient William Wallace et Andrew de Moray pour célébrer leur victoire historique? Vous vous dites sans doute.... un énorme ceilidh ou un monstrueux fest-noz ?

Et bien, non ! Ils rédigèrent une lettre pour le quartier général de la Ligue hanséatique à Lübeck en leur disant et je résume : « Il y a eu du changement, nous sommes de nouveau aux commandes : pourrions-nous reprendre nos échanges commerciaux ? Et s'il vous plaît , soyez gentils envers nos deux marchands qui vous apportent cette lettre. ».

La Ligue hanséatique était à l'époque un peu l'équivalent de notre marché unique européen, et la lettre envoyée à Lübeck correspond à ce que dit aujourd'hui le Premier ministre écossais à la Commission européenne : « Bon, nous n'aimons pas ce Brexit anglais, nous n'avons pas voté pour et nous n'en voulons pas. Et nous espérons bientôt être aux commandes ».

Quelques 450 ans après la bataille de Stirling, nous trouvons un gentleman écossais s'ennuyant à éduquer un aristocrate écossais, écrivant à un ami depuis Toulouse pour lui annoncer qu'il commençait à écrire un nouveau livre. Ce gentleman écossais se nommait Adam Smith (philosophe et économiste des Lumières) , son ami David Hume (philosophe, historien, économiste des Lumières) et son livre « La richesse des nations » (livre fondateur de l'économie politique).

Tout ceci pour dire que l’Écosse du XVIIIè siècle était alors au centre de la pensée européenne et que les Lumières écossaises ont largement nourri les révolutions américaine et française.

Sautons un siècle et demi. Nous retrouvons l’Écosse, il y a un siècle, au centre du conflit européen de 1914. Les pertes écossaises dues au carnage que fut cette « grande guerre », en pourcentage de la population, sont les plus fortes après celles de la France et de l'Allemagne. Des villages du nord-est de l’Écosse et des Highlands ont vu la moitié des hommes en âge de combattre ne pas revenir. D'où notre intérêt dans la paix apportée depuis 65 ans par la construction européenne.

J'ai insisté sur ces 3 épisodes de notre histoire pour montrer à quel point l’Écosse est un pays européen depuis près d'un millénaire. Que ce soit pour le commerce, la culture, la recherche scientifique, la pensée, la paix ou la guerre, l’Écosse a toujours été au centre de l'Europe.

Donc s'entendre dire que, malgré la volonté exprimée du peuple écossais, ces liens avec l'Europe allaient être réduits, suspendus ou supprimés, que nous allions être réduits au simple rôle de spectateur, est juste démocratiquement inacceptable, c'est un affront à notre propre histoire. C'est inacceptable pour l'Ecosse, c'est inacceptable pour l'Europe.

Il y a de nombreuses choses négatives dans ce processus du Brexit : le Royaume-uni en sortira affaibli. Le Brexit n'a rien d'autre à offrir que des inconvénients comme l'a rappelé le Président Tusk. Même chez les Brexiters qui n'arrêtaient pas de vanter les avantages du Brexit, l'inquiétude se fait désormais sentir et les mêmes cherchent à limiter les dégâts.

Mais l'un des aspects les plus négatifs de cette histoire de Brexit est le temps et les moyens mis à démanteler une partie de l'Union européenne alors que nous devrions nous préoccuper des défis d'aujourd'hui et demain auxquels nous sommes tous confrontés. Quel gâchis ! L'Europe devrait être entrain de se réformer pour pallier à ses propres faiblesses, ainsi que l'avait d'ailleurs prévu Robert Schuman qui avait prédit que l'Europe se construirait par paliers successifs.

Ceci dit, il y a un aspect de l'histoire de l’Écosse qui devrait réconforter et donner de l'espoir au reste de l'Europe. On nous a dit et répété que l'ordre établi était assiégé par les forces populistes d’extrême-droite, que les libertés, le droit et la justice, les politiques progressistes étaient sur le recul en Europe et même dans le monde.


Cependant, en Écosse, les forces progressistes pro-européennes dominent le paysage politique . Même après les dernières élections législatives britanniques, le SNP ( Scottish national Party) avec sa volonté inébranlable de garder notre place en Europe détient la majorité des sièges de députés écossais à Westminster et la majorité au Parlement d'Edimbourg. En Ecosse, la remise en cause de l'establishment se fait par la réaffirmation des idées libérales et progressistes et l'Europe reste pour les Ecossais une construction positive malgré tous ses défauts dont il vaut mieux faire partie que de la quitter.

Comme l'a indiqué lui-même le Président Juncker, l’Écosse a gagné le droit d'être entendue et d'être écoutée à Bruxelles.


Il n'y a pas que l’Écosse dans ce cas. A travers l'Europe, de nouvelles forces pour le changement sont apparues notamment en provenance de la gauche. Là aussi, quelle fut la réponse de l'Europe ? Une nouvelle déception. Alors que les ennemis réactionnaires du Traité de Rome sont à nos portes, l'aide des nouvelles forces politiques devrait être chérie et accueillie avec bienveillance.

Nous avons besoin d'une Europe où la contestation soit transformée en espoirs positifs.Nous devons relever l'étendard en lambeaux d'une Europe sociale. Nous devons remettre à l'ordre du jour les idéaux de la Ligue celtique, auto-détermination des peuples, diversité culturelle et linguistique, paix et liberté, et leur donner toute leur place au sein d'une Europe unie.

L'année dernière, le gouvernement écossais a publié un document sur l'avenir de l’Écosse : comment maintenir nos liens avec le reste de l'Europe, comment adapter le Royaume-uni à cette nouvelle situation . Ce document présente de façon claire et pragmatique, notions totalement absentes dans le reste du monde politique britannique, comment faire respecter la volonté européenne du peuple écossais tout en tenant compte des réalités politiques. Ce document propose que l’Écosse adhère à l'Espace Économique Européen (comme la Norvège), solution pour que l’Écosse garde ses liens avec l'Europe.

Cette solution malheureusement n'a guère été audible lors du tohubohu des dernières élections législatives britanniques ce qui peut en partie expliquer le recul du SNP (qui a gardé cependant la majorité des sièges écossais à Westminster). Et il est vrai aussi que l'actuel gouvernement britannique particulièrement arrogant rejette toute concession et la désormais très affaiblie Premier ministre refuse même de rencontrer notre Premier ministre, Nicola Sturgeon.

Cependant, le temps fait son œuvre. Chaque mois passant, l’Écosse renforce sa position pro-européenne alors que Londres s'enferme dans son isolationnisme et sa position s’affaiblit jour après jour. Comme l'a indiqué le Financial Times, Londres n'a que 3 solutions de sortie de négociation : la pire des humiliations, une grande humiliation ou simplement une humiliation. Pour paraphraser nos voisins irlandais : « les difficultés de l’Angleterre sont une opportunité pour l’Écosse » .

Ce dont nous avons besoin maintenant , ce n'est pas uniquement des encouragements et de la bonne volonté de la part de nos partenaires européens : nous avons besoin d'un soutien clair et concret dans le combat contre ce que représente le Brexit pour construire une Europe dans laquelle toutes les nations auront leur place. Ou comme le dit le grand poète Hamish Henderson dans son hymne Freedom Come All Ye :

So come all ye at hame wi Freedom
Never heed whit the hoodies croak for doom
In your hoose a’ the bairns o Adam
Can find breid, barely-bree and painted room




samedi 26 août 2017

Un quaich en provenance d'Ecosse

Surprise de trouver dans son courrier un paquet en provenance d’Écosse et plaisir d'y découvrir un Quaich aux armes du Parlement écossais.

Le Quaich (du gaélique "cuach"), c'est cette petite coupe qui depuis des siècles sert à déguster le whisky entre hôtes, entre amis, entre alliés, pour remercier ou honorer quelqu'un.

Tous mes remerciements à Alex Salmond !

jeudi 17 août 2017

« Notre rêve ne mourra jamais », par Alex Salmond. Entretien avec Jacques Yves Le Touze

NHU, 17 août 2017

Entretien avec Jacques Yves Le Touze, spécialiste breton des questions écossaises, à propos de Alex Salmond, ex Premier Ministre d’Écosse et de son dernier ouvrage.

De formation économiste, Alex SALMOND sera Député au Parlement d’Écosse. Puis Premier Ministre d’Écosse de 2007 à 2014. Vice chef du SNP dès 1987, il en prendra la direction en 1990. Enfin il mènera campagne dès 1997 pour la dévolution de l’Écosse.
Alex SALMOND démissionnera de sa responsabilité de Premier Ministre d’Écosse à la suite de l’échec du référendum de 2014 sur l’indépendance de son pays. Sa vice Première Ministre Nicola STURGEON prendra alors la direction de l’Écosse.
Le SNP passera en trente ans de trois Députés à cinquante six, sur les cinquante neuf que compte le Parlement écossais.
Alex SALMOND a récemment écrit « Notre rêve ne mourra jamais – L’Écosse sur la voie de l’indépendance », que vous venez de traduire en français.
 

Jacques Yves Le Touze, tout d’abord, pourquoi avoir ressenti le besoin de traduire en français cet ouvrage de Alex Salmond ?

 

Depuis très longtemps (dès le lycée), je suis intéressé par le monde celtique, celui des nations dites celtiques que l’on retrouve dans les îles britanniques et j’ai toujours pensé que la Bretagne devait s’insérer dans ce monde. Pour de nombreuses raisons, historiques, culturelles, linguistiques, politiques, nous avons tout intérêt à nous rapprocher de nos cousins celtes pour sortir du tête à tête quelque peu mortifère avec Paris. J’ai participé à de nombreuses initiatives en ce sens au fil des ans. A la fin des années 90, je me suis intéressé plus particulièrement à l’Écosse où le mouvement pour l’émancipation nationale prenait de plus en plus d’ampleur. J’ai adhéré au SNP (Scottish National Party) pour simplement voir au début comment ce parti fonctionnait et depuis j’en suis resté membre. Bien évidemment, j’ai suivi avec grand intérêt l’ascension assez fulgurante d’Alex SALMOND passant de leader du SNP au poste de Premier ministre d’Écosse et organisant en 2014 le premier référendum sur l’indépendance écossaise.


Cette évolution remarquable de la vie politique écossaise est assez étonnante et quand Alex SALMOND a publié son livre en anglais rapportant au jour le jour le déroulement des évènements conduisant au référendum, je me suis dit qu’il serait intéressant de le mettre à la disposition des nos compatriotes pour qu’ils en tirent quelques leçons. Cette idée est restée en l’état jusqu’à la publication fin 2015 de la seconde édition du livre d’Alex qui y intégrait les élections législatives du printemps 2015 qui virent une victoire historique du SNP.


Cette traduction … une évidence.

Là il me devint évident qu’il fallait “faire quelque chose ». A l’automne 2016, j’ai proposé à Yoran Embanner de publier la version en français de cet ouvrage et le livre est sorti en Juillet 2017. L’Écosse n’est pas la Bretagne mais il me semble intéressant de voir de l’intérieur le déroulement d’un processus qui a changé pour toujours la société écossaise et qui a fait trembler sur ses bases le système britannique. Nous avons pas mal de leçons à en tirer ici en Bretagne, vu la situation assez pitoyable dans laquelle nous nous retrouvons.

Vous êtes un spécialiste de l’Écosse et en particulier de la démarche du SNP Scottish National Party. Vos commentaires sur l’évolution de ce parti qui fait trembler les bases mêmes de ce qu’il est encore convenu d’appeler le Royaume Uni ?

 

Alex SALMOND a fait du SNP une machine politique extrêmement efficace parce qu’avant tout, le positionnement du parti est très clair : pour l’indépendance de l’Écosse, pour l’Europe, pour la protection sociale et le dynamisme économique, autrement dit “social-démocrate”. Son programme permet à de nombreux secteurs de la société de s’y retrouver, à droite comme à gauche. Cette capacité à unir les Écossais ainsi que son pragmatisme fait sa puissance : depuis 87, le SNP est passé de trois députés à Westminster à trente cinq actuellement. Depuis dix ans, le SNP gouverne à Édimbourg. Le SNP n’a jamais renié son progressisme, ses positions sociales mais a su par son discours indépendantiste attirer des électeurs au-delà du secteur “centre-gauche”.
 

Le SNP Scottish National Party transforme le paysage politique de l’Écosse.

 

En une cinquantaine d’années et jusqu’il y a peu, son positionnement lui a permis de siphonner les votes “pro-Écosse” de droite, du centre et depuis le référendum, de gauche. C’est assez remarquable tout ceci sans abandonner sa ligne politique “centre-gauche”. Les succès du SNP sont en train de transformer le paysage politique écossais en deux blocs : les “pro-indépendance” d’un côté comme le SNP, les Verts et divers mouvements, et les unionistes de l’autre côté comme les Conservateurs, les Travaillistes ou les Libéraux-démocrates. Ces deux blocs sont actuellement quasiment à égalité et l’avenir de l’Écosse va se jouer sur la capacité du camp indépendantiste à rassembler encore plus large. Les dernières élections législatives de 2017 ont vu cette cristallisation des votes indépendantistes et unionistes.
 
 
Conférence Festival Interceltique Lorient – Photo Michel THIERY

Bientôt l’indépendance de l’ Écosse …

C’est une situation nouvelle qui va nécessiter de la part du SNP de développer une nouvelle stratégie. Jusqu’à présent le SNP faisait face à trois partis unionistes. Désormais le SNP devra faire face à une sorte “d’union sacrée” plus ou moins explicite pour contrer les avancées indépendantistes. En un sens, c’est assez normal. La question est de savoir si le SNP va être en capacité de continuer à écraser le Labour britannique tout en limitant les succès des Conservateurs qui semblent devenir les leaders du camp unioniste. Le Brexit est un élément qui va perturber le jeu et pour Alex SALMOND, c’est ce Brexit et son impact qui détermineront la date du prochain référendum sur l’indépendance écossaise. Tout reste ouvert et le SNP va devoir faire face à de nombreux défis pour pouvoir passer outre et conduire le pays à l’indépendance. Tout reste ouvert et c’est ce qui est passionnant. Une remarque : malgré tous les blocages et les peaux de banane, le fait est que ce débat politique se passe dans des conditions démocratiques assez uniques que, par exemple, les Catalans envient. L’Écosse est un espoir pour l’ensemble des nations sans état d’Europe : son indépendance encouragerait nombre d’entre elles à obtenir une évolution de leur statut. C’est d’ailleurs la crainte de Madrid ou Paris.

Selon vous, quels sont les points de ressemblance, s’il y en a, entre l’évolution politique de l’Écosse et de la Bretagne ? Et nos points de divergence ? Sachant que nous avons à faire à deux peuples celtes cousins, avec une population assez similaire en nombre d’habitants : 5,3 millions pour l’Écosse et 4,6 millions pour la Bretagne.

L’Écosse et la Bretagne sont des pays trilingues : scots, anglais et gaélique pour l’Écosse; gallo, français et breton pour la Bretagne. Ce sont les deux seules nations celtiques à avoir développé un cadre étatique stable pendant plusieurs siècles. A part ça, leur situation est assez divergente. Lors de l’union avec la France en 1532, la Bretagne a sauvegardé une grande part de ses institutions mais la révolution française a tout mis à bas. L’union avec l’Angleterre en 1707 a permis à l’Écosse de garder jusqu’à présent son système bancaire, son système d’enseignement, son système judiciaire. Le niveau de conscience nationale dans les deux pays n’est pas le même du fait de ces différences historiques. Par ailleurs, l’Écosse a toujours été considérée comme une nation au Royaume-Uni. Ici en hexagonie, la Bretagne est “une nation interdite” comme l’a dit très justement le député Paul MOLAC il y a peu. La situation politique n’est donc pas la même et l’on peut dire que la Bretagne est politiquement dans une situation critique qui peut même poser la question de son existence à moyen ou long terme. Je pense que l’évolution politique de l’Écosse peut néanmoins nous enseigner un certain nombre d’éléments qui peuvent nous aider à nous sortir de l’ornière dans laquelle nous nous retrouvons. Je dirai avant tout clarté, pragmatisme, constance. Nous avons tout entre nos mains pour faire aussi bien que les Écossais . Manque notamment une grosse dose de réalisme.
 

Vous avez organisé la venue, tout à fait exceptionnelle, d’Alex Salmond, au Festival Interceltique de Lorient il y a quelques jours. Hormis la présentation de son livre que vous venez de traduire en langue française, quelles retombées de cette visite ?

La venue d’Alex SALMOND à l’Interceltique a été un évènement exceptionnel en effet, et tout à fait réussi grâce notamment au directeur du FIL, Lisardo LOMBARDIA. Le but de cette visite de mon point de vue, en dehors du lancement de la version française de son livre, était d’une part de “faire parler” Alex SALMOND lors d’une conférence publique qui aura rassemblé près de 250 personnes, d’autre part de lui permettre de s’exprimer dans de nombreux médias bretons et français. Je crois que sur ces deux points, sa visite aura été un succès.
Il est quand même intéressant de pouvoir donner des espaces de parole à un leader politique qui porte un projet révolutionnaire qui aboutirait à la création du second état celtique indépendant. Je rajouterai un point qui nous concerne directement : ça aura aussi permis de lui faire découvrir ce qu’est la Bretagne actuelle.
Le nouvel ouvrage de Alex SALMOND, « Notre rêve ne mourra jamais », traduit en langue française par Jacques Yves LE TOUZE, est édité aux Éditions Yoran Embanner – www.yoran-embanner.com

lundi 14 août 2017

Interceltique 2017: quelques impressions festivalières.

Au lendemain de la fin du 47ème Festival interceltique de Lorient, voici quelques impressions personnelles tout à fait subjectives sur ce que j'ai vu, entendu, vécu durant ces dix jours quelque peu fous.

Je reviendrai par ailleurs sur les quatre journées passées avec Alex Salmond, l'ancien Premier ministre d’Écosse, qui furent particulièrement riches en échanges et en histoires en tout genre.

Le fait est que cette "Année de l’Écosse" fut un véritable succès quasiment à tous les niveaux.

Pour en rester uniquement à la présence écossaise, le choix du FIL de travailler avec HebCelt (le festival celtique des Hébrides) et Creative Scotland s'est révélé extrêmement positif avec la présence de jeunes groupes très dynamiques et enthousiasmants. La soirée d'ouverture au Théâtre de Lorient et la Grande soirée de l’Écosse à l'Espace Marine, toutes les deux "sold out", ont présenté une scène musicale écossaise renouvelée et talentueuse. Un vrai plaisir. Sans parler du pavillon écossais qui de midi à 1h du matin a proposé une programmation d'enfer qui a emporté les foules. Pour une fois, le pavillon acadien faisait pâle figure à côté du raz-de-marée écossais. Les Écossais ont mis la barre très haut . Au Pays de Galles de relever le défi pour 2018.



Ce que j'ai aimé

- la délégation écossaise, c'est évident, a mis un punch pas possible à cette édition du FIL. Une petite remarque sur la créativité et le dynamisme de la (petite) communauté gaélique écossaise. Qu'une communauté aussi réduite en nombre soit capable d'une telle richesse culturelle est vraiment remarquable. L'accompagnement institutionnel et politique est là (on y reviendra), ce qui est nécessaire mais ça n'explique pas tout .

- dans un tout autre domaine, le bilinguisme français-breton progresse dans la signalétique et la communication du FIL , ce n'est pas parfait mais ça progresse.

- la réorganisation du Quai de la Bretagne qui donne de l'espace pour se poser, déjeuner et/ou dîner au bord de l'avant-port de Lorient.

- la grande parade vue du stade du Moustoir: ça faisait quelques années que je n'y étais pas allé et je dois avouer que j'y ai pris grand plaisir . J'ai même ressenti une sorte de fierté devant la prestation des bagadoù et cercles bretons durant cette parade .... Comme quoi ....

- le championnat national des bagadoù: vraiment un moment incontournable et une vitrine de l'excellence actuelle des musiciens bretons.

- la gentillesse et le professionnalisme des équipes du FIL

- la réorganisation de l'Espace Paroles , pas mal du tout avec la nouvelle implantation de la tribune débats et exposés.

- les prestations de Gwennyn, Amy MacDonald, Runrig entre autres




Ce que je n'ai pas aimé

- la cacophonie du festival off avec le syndrome "c'est à qui  fera le plus de bruit" ... Insupportable.

- le rappel en boucle par certains politiques locaux de "notre" vieille amitié avec l’Écosse, la "Auld Alliance" (alliance entre l’Écosse et la France).... Ouais sauf qu'à cette époque-là, la Bretagne était alliée avec l'Angleterre pour contrer les appétits français..... Quand on parle pays celtiques, ce serait bien d'avoir un minimum de connaissances avant de raconter n'importe quoi ...

- la fête foraine : là je me répète mais je trouve qu'elle n'a rien à faire au centre-ville en même temps que le FIL ... En un certain sens, ça casse l'ambiance. Mieux vaudrait qu'elle prenne la suite du FIL sur la seconde quinzaine d'août, Lorient en aurait d'ailleurs bien besoin..

- l'Espace Marine: que je n'aime pas cette salle , inconfortable, à la sono bizarroïde , à la dimension inadaptée. Pas trop mal pour la Grande nuit d’Écosse,  uniquement passable (malheureusement) pour Amy MacDonald, catastrophique pour Runrig. Bon là, on touche un problème récurrent à Lorient, le manque d'une salle de 2000/2500 places en centre-ville, demandée depuis des années sinon des décennies par nombre d'acteurs de la vue culturelle locale dont le FIL. Et ben non, rien,à l'horizon. En revanche, on continue à créer des mini-salles à Lorient et dans le pays de Lorient. Et on a toujours besoin d'une salle capable d'accueillir 2000/2500 personnes sans les envoyer au parc des expositions (dans des conditions d'ailleurs très médiocres). C'est assez incompréhensible pour une ville qui accueille l'un des festivals les plus importants de Bretagne depuis.... 47 ans.

- l'absence de la langue bretonne lors de la soirée d'ouverture au Théâtre de Lorient: c'est totalement insupportable. Gageons que pour l'Année du Pays de Galles en 2018, la langue bretonne sera incontournable y compris le soir d'ouverture au Théâtre.



A suivre .......



  

mardi 1 août 2017

Le référendum écossais par Alex Salmond

Page Bretagne, Ouest-France, 1er août 2017


Rendez-vous le lundi 7 août à 14h au Club K Moustoir (Salon du Port, Stade du Moustoir, Lorient).

La conférence sera suivie d'une séance de dédicaces pour ceux qui souhaitent se procurer l'ouvrage, par ailleurs disponible en librairie et auprès de l'éditeur Yoran

lundi 31 juillet 2017

Alex Salmond : « L’Écosse a voté pour rester au sein de l’Union »

Ouest-France, 29 juillet 2017

Alex Salmond sera au Festival interceltique qui célèbre l’Écosse du 4 au 13 août.
Alex Salmond sera au Festival interceltique qui célèbre l’Écosse du 4 au 13 août.


Recueilli par Christian GOUEROU.


L’ancien Premier ministre d’Écosse de 2007 à 2014, et ex-leader du Parti écossais (SNP) de 2004 à 2014, pense que Londres doit associer Édimbourg aux négociations du Brexit. Alex Salmond donnera une conférence ouverte au grand public, le lundi 7 août à 14 h, au Club K Moustoir, à Lorient, sur le thème de "Entre Brexit et indépendance, quelle place pour l’Écosse dans l’Europe de demain ?".

Entretien

La majorité des Écossais a voté contre le Brexit. Pensez-vous que l’Écosse arrivera à s’inviter dans les négociations entre Londres et Bruxelles ?
Il est tout à fait clair que le gouvernement écossais de même que le gouvernement gallois devraient être parties prenantes dans les négociations à venir. Les dernières élections l’ayant affaibli, le gouvernement de Londres va sans doute être obligé d’associer directement Édimbourg aux discussions. Nous n’en sommes qu’au tout début des négociations et déjà la position de Westminster est des plus inconfortables. Le Financial Times titrait il y a peu sur l’humiliation que va subir le gouvernement de Westminster face à l’UE. Dans ces conditions, Londres doit tenir compte des positions des autres parties prenantes au sein du Royaume-Uni dont en premier celles de l’Écosse qui a clairement voté pour rester au sein de l’Union européenne. Le but premier du gouvernement écossais dans ces conditions est d’éviter au maximum les dégâts qu’occasionnerait un Brexit tel qu’imaginé par Londres.

La coalition entre Theresa May et le Parti unioniste démocrate (DUP, conservateur protestant) est-elle un mauvais signe pour vous ?
Cet accord entre Theresa May et les unionistes nord-irlandais souligne la situation désespérée où se retrouve le gouvernement de Londres, obligé de promettre un milliard de livres pour obtenir les voix du DUP, ce qui a paru injuste aux yeux des autres nations du Royaume-Uni. Par ailleurs, cette alliance entre Londres et un des partis nord-irlandais va à l’encontre des accords du Vendredi saint qui stipulent la neutralité du gouvernement britannique. Le problème de la frontière entre l’Irlande du nord et la République d’Irlande est l’un des points majeurs de négociation mis en avant par l’Union européenne : sur ce sujet, la position de Londres et des unionistes est différente et cette alliance circonstancielle ne va pas faciliter l’élaboration d’une solution acceptable par les Irlandais.

Suite à l’échec du référendum écossais, quelle stratégie pour obtenir l’indépendance à moyen ou long terme ?
La question d’un second référendum ne relève pas d’une actualité immédiate mais le Brexit va le remettre à l’ordre du jour beaucoup plus vite que prévu. Juste un point d’histoire : quand j’ai été élu pour la première fois en 1987, nous n’étions que 3 députés SNP, aujourd’hui malgré la perte de plusieurs sièges récemment, nous avons 35 députés ; notre Parlement a été rétabli, le gouvernement écossais est dirigé par le SNP et le soutien pour l’indépendance est bien plus large qu’auparavant. Les conditions sont réunies pour la tenue d’un second référendum. Quand ? La Première ministre Nicola Sturgeon a été parfaitement claire : il est probable que le Brexit va nous conduire dans une situation difficile et il est vital pour l’Écosse de garder ses liens avec l’Union européenne. Si le Brexit porté par Londres met en cause ces liens, il est de notre devoir de proposer aux Écossais de se prononcer sur notre indépendance.

Bruxelles soutient Madrid dans le bras de fer avec la Catalogne : le ton de l’UE à l’égard des indépendantistes catalans vous déçoit ?
L’Union européenne est là pour promouvoir les valeurs qui ont conduit à sa création, la démocratie et les droits de l’homme. Les officiels de Bruxelles n’ont pas vocation à prendre des positions pro ou anti Catalogne, ni à s’ingérer dans les affaires intérieures des États membres, si ce n’est à défendre le principe de démocratie, le vote démocratique, les processus démocratiques non-violents, ce qui est l’essence même de l’Union européenne. Il faut faire attention : l’Union européenne ne doit pas sacrifier ses principes au nom des intérêts des plus grands états-membres.

mercredi 26 juillet 2017

Alex Salmond au Festival interceltique de Lorient




Pour son édition 2017, le Festival interceltique célèbre l’Écosse du 4 au 13 août à travers de nombreux concerts, spectacles, expositions et conférences.

C'est dans ce cadre qu'Alex Salmond, l'ancien Premier ministre écossais, donnera une conférence ouverte au grand public, le lundi 7 août à 14h, au Club K Moustoir, Salon du Port, Stade du Moustoir Tribune sud, rue Pierre Guergadic (1er étage) à Lorient, sur le thème de "Entre Brexit et indépendance, quelle place pour l’Écosse dans l'Europe de demain ?".

L'occasion de faire le point sur la situation politique en Écosse et au Royaume-Uni avec celui qui fut pendant 7 ans Premier ministre d’Écosse et leader du SNP ( Scottish national Party) et qui porta l'organisation du premier référendum sur l'indépendance écossaise en 2014.

A l'issue du débat, Alex Salmond recevra la médaille de l'Institut Culturel de Bretagne en hommage au travail réalisé par son gouvernement en faveur de la langue gaélique et de la culture écossaise.

A la suite, Alex Salmond dédicacera l'édition en français de son ouvrage "Notre rêve ne mourra jamais !" (Yoran éditeur) déjà édité en anglais, en gaélique écossais et en basque.







mercredi 14 juin 2017

Une nouvelle appli pour l'Interceltique de Lorient



Grâce à cette appli disponible gratuitement sur App Store et sur Google Play, tout possesseur de smartphone pourra consulter directement sur son téléphone la programmation, découvrir et écouter les artistes de l'édition 2017, réserver ses places.

L'appli présente aussi les lieux du festival et permet d'accéder à la web tv du festival.

Nouveauté de cette année, à travers l'appli , il est désormais possible de créer son compte et de recharger sa carte Celticash qui permet de régler un certain nombre de dépenses sur les sites du festival.

Cette appli est le fruit du partenariat entre le FIL et le Crédit Agricole et a été développée par Greencooper fondateur de golive.fm.

A télécharger gratuitement sur Apple store et Google play dès à présent.


jeudi 8 juin 2017

Royaume-Uni: résultats des législatives 2017 dans les pays celtiques


Teresa May, Premier ministre britannique.

Les législatives 2017 qui se sont déroulées ce jeudi ont changé la donne politique dans l'ensemble du Royaume-Uni mais aussi dans les pays celtiques.

- Irlande du nord: sur 18 sièges, 10 reviennent au DUP (unioniste), 7 au Sinn Fein (républicain irlandais), 1 à une indépendante. La progression du DUP et du Sinn Fein se fait au détriment du SDLP ( nationaliste irlandais modéré) et de l'UUP (unioniste) . Le paysage politique est désormais scindé en deux blocs tant en nombre de voix que géographiquement.

- Pays de Galles: malgré une baisse globale de son pourcentage de voix (10,4% soit - 1,7%), le Plaid Cymru (nationaliste gallois) emporte 4 sièges soit un de plus que précédemment en gagnant le Ceredigion . Le Labour obtient 28 sièges (+3), les Conservateurs 8 (-3) , les Libéraux démocrates perdent leur seul siège.

- Ecosse: le SNP (nationaliste écossais) reste le premier parti d'Ecosse en obtenant son second meilleur résultat depuis les années 1970 mais subit un recul sévère par rapport aux législatives de mai 2015 qui dans la dynamique du référendum lui avaient donné 56 sièges. Cette année, le SNP remporte 35 sièges soit une perte de 21 sièges dont ceux de deux personnalités historiques Angus Robertson et Alex Salmond; les Conservateurs remportent 13 sièges (+12), le Labour 7 (+6), les Libéraux-démocrates 4 (+3). Ces résultats auront sans aucun doute un impact sur le second référendum sur l'indépendance qui devrait être remis à plus tard.

Globalement, l'échec des Conservateurs qui n'obtiennent pas la majorité absolue à Westminster va sans doute les amener à constituer un gouvernement minoritaire en s'appuyant sur les unionistes nord-irlandais du DUP .

vendredi 19 mai 2017

Gouel Erwan laouen d'an holl !

Gouel Erwan laouen d'an holl ! Joyeuse St Yves à tous les Breton/nes et à tous les ami/es de la Bretagne ici et à travers le monde !


St Yves à la Vallée des Saints en Carnoet.