jeudi 19 avril 2018

Sonneurs. De la naissance des bagadoù. Réponse à Sébastien Carney.

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Inauguration de la statue de Polig Monjarret, place Polig Monjarret à Lorient en présence de Jean-Yves Le Drian




Dans une interview publiée le 16 avril dernier dans les colonnes du Télégramme, Sébastien Carney, maître de conf à l'UBO, exprime un avis pour le moins curieux sur la BAS et les bagadoù. J'ai fait parvenir à la rédaction de Brest le droit de réponse suivant.

La lecture de cet article m’amène à préciser certains points en tant que l’un des fondateurs de l’association Mignoned Polig Monjarret à l’origine  de la statue de Polig Monjarret, place Polig Monjarret à Lorient, mise en place avec le soutien du Conseil régional de Bretagne, de nombreuses autres collectivités bretonnes et d’une importante souscription populaire.

Le renouveau de la musique bretonne avec notamment la création et le développement des bagadoù se comprend sur un temps long qui démarre grosso-modo au milieu du XIXè siècle avec le renouveau culturel breton porté par un certain nombre d’intellectuels comme La Villemarqué et aussi le développement des relations entre les différents pays dits celtiques. C’est dans le cadre de cette nouvelle dynamique que les premières cornemuses écossaises firent leur apparition en Bretagne à la fin du XIXè siècle. L’on dit même que la première fut présentée par Charles Le Goffic.

Durant la première guerre mondiale, les musiciens traditionnels bretons furent mis à contribution sous forme de petits orchestres rassemblant binious, bombardes et percussions au sein des régiments bretons; des contacts s’établirent avec les musiciens des régiments écossais.

L’après-guerre vit une transformation accélérée de la Bretagne dans tous les domaines et notamment musical avec l’abandon progressif des traditions musicales précédentes. Devant cette évolution rapide, BAS fut créée formellement en 1943 par 6 personnes. En 1946 nait officiellement Bodadeg ar Sonerion qui donnera naissance au formidable mouvement musical que l’on connait actuellement.
M. Carney dans son développement relie différents points de cette histoire pour en conclure sur les origines troubles des bagadoù. C’est pour le moins partisan et biaisé. Reprenons les principaux points développés.

- de façon assez lourde, M Carney fait le lien entre la pensée politique d’un Olier Mordrel , personnage qui participe de la pensée totalitaire d’extrême-droite européenne des années 30 et 40, et les bagadoù de l’après seconde guerre mondiale. Pour tenter de le prouver, M Carney utilise la personne de Polig Monjarret, un des fondateurs de la BAS, qui fut membre du PNB pendant 9 mois et dont il démissionna à l'été 1943, en omettant d’indiquer, par exemple, que parmi les 5 autres fondateurs, on trouve 2 résistants, Robert Marie et Iffig Hamon , ce dernier ayant failli mourir en déportation. Présentation tronquée pour le moins.

- M Carney ose utiliser le terme d’eugénisme pour qualifier la politique de la BAS à ses débuts. Utiliser un terme aussi connoté n’est pas neutre. Alors que, bien évidemment, différents points de vue s’exprimaient au sein du groupe, le travail remarquable de collectage réalisé par Polig Monjarret infirme l’affirmation de M Carney.

- quelques points de détail à corriger : Polig Monjarret, issu d’une famille gaulliste, est resté en bons termes avec droite et gauche; le premier bagad civil est celui des cheminots de Carhaix créé en 1946, le premier bagad militaire celui du 72e RI.

Plus globalement, la grille de lecture de M Carney est particulièrement limitée et ne se base que sur une vision volontairement restreinte confortant sa thèse d’une “Bretagne construite” qui serait aux antipodes de la Bretagne réelle. Ce faisant, M Carney tord certains éléments pour les faire rentrer dans son raisonnement et laisse de côté ceux qui ne peuvent que contredire sa thèse. De plus, il en oublie de contextualiser le processus du renouveau musical breton avec ce qu’il se passe à travers l’Europe depuis le début du XIXè siècle.

En forçant le trait, en faisant des rapprochements imaginaires, il en arrive à donner une vision bien noire d’un renouveau musical qui est un vrai atout de la Bretagne moderne. C’est dommage et regrettable.

Peu d’espoir de retrouver intact le cœur reliquaire d’Anne de Bretagne

Comité Anne de Bretagne, 19 avril 2018

France Bleu Bretagne, 18 avril 2018
Selon nos informations, après le vol du cœur reliquaire d’Anne de Bretagne dans la nuit du 13 au 14 avril au musée Dobrée, la police judiciaire de Nantes a peu d’espoir de retrouver intact l’écrin en or. Il aurait été dérobé pour être fondu.

Le reliquaire d'Anne de Bretagne, en 2014

Selon les informations de France Bleu Loire Océan, la police judiciaire est « inquiète » sur le devenir du cœur reliquaire d’Anne de Bretagne, de la statuette hindoue dorée et des dizaines de pièces d’or dérobés dans la nuit de vendredi 13 à samedi 14 avril au musée Dobrée de Nantes.
En effet, au vu du mode opératoire, tout porte à croire que l’objectif des voleurs était de « fondre cet or pour en faire des lingots ». L’hypothèse d’un collectionneur qui aurait « commandé » ce vol aurait donc du plomb dans l’aile. Selon les premiers éléments de l’enquête confiée à l’antenne nantaise de la PJ et à l’office central de lutte contre le trafic de biens culturels, le cambriolage « porte très probablement la signature de personnes issues de la communauté des gens du voyage » : selon nos informations, les vitrines où se trouvaient ces objets ont été détruites « à coups de masse », ce qui est un procédé caractéristique.

Les quatre cambrioleurs se seraient laissés enfermer dans le musée vendredi soir

Plus précisément, d’après nos informations, les cambrioleurs étaient au nombre de quatre, comme le montre clairement une vidéo tournée par une caméra de surveillance installée au musée Dobrée, mais ces individus sont difficilement reconnaissables notamment parce qu’« ils portaient un casque » cette nuit-là.
L’alarme s’est déclenchée à 3h30 samedi matin, mais l’agent de sécurité arrivé sur place n’a alors pas constaté d’anomalie ou de trace visible de casse. Et ce n’est que vers 11h30 qu’un agent du Département a découvert le « désastre » : selon une source proche de l’enquête, les quatre cambrioleurs ne seraient pas entrés par effraction dans le musée, mais « se seraient laissés enfermer » vendredi soir au moment de la fermeture et auraient attendu le moment le plus propice et le plus calme pour agir.
Ce cambriolage a suscité une grande émotion à Nantes et en Bretagne, ainsi que l’indignation du président du conseil départemental, propriétaire du musée Dobrée. Aussitôt après, le comité Anne de Bretagne s’est proposé comme « médiateur confidentiel » entre les voleurs et le propriétaire du cœur reliquaire d’Anne de Bretagne, objet d’orfèvrerie d’une valeur inestimable, datant de la mort de la duchesse Anne en 1514 et conservé au musée Dobrée depuis 1886.
Mais à ce jour, le comité Anne de Bretagne, qui propose de le joindre via une adresse mail, explique n’avoir reçu « aucune information », aucun contact, permettant de retrouver l’écrin précieux dans l’état dans lequel il était conservé. Contactée par France Bleu Loire Océan, la police judiciaire de Nantes se refuse à tout commentaire sur cette enquête en cours.

Antoine Denéchère

Bataille gagnée pour le Mémorial Nominoë

Les acteurs du projet du Mémorial de Nominoë étaient réunis mardi à la Nouvelle métallerie de Kerpont près de Lorient où sont réalisés et assemblés les cercles d’aluminium perforés. | Pierre Wadoux


Ouest-France, 11 avril 2018


En cours de finition à Caudan, le monument contemporain à effet cinétique sera scellé en mai sur le site dit de La Bataille à Bains-sur-Oust.

 Ils en imposent déjà avant de s’imposer bientôt, au coin du bois, sur le site dit de La Bataille à Bains-sur-Oust près de Redon. Ces deux cercles d’aluminium de trois mètres de diamètre sont l’œuvre de l’artiste contemporain Jean-Pierre Baudu, originaire de Redon. Ils symbolisent une victoire, acquise par Nominoë en 845 sur un terrain mouvant et glissant entre Oust et Vilaine. C’est là que celui qui devint, selon la légende, premier roi de Bretagne, mit en déroute l’armée franque conduite par Charles Le Chauve, petit-fils de Charlemagne.

Cercles d’aluminium

Un fil d’histoire tissé par la fédération d’associations Le Poellgor. Ses membres se mobilisent de longue date, dans la droite ligne de la tradition orale bretonne, pour renouer avec ce passé baigné de légendes, guetté par l’oubli… « Nous voulions célébrer, explique Patrick Renaud, vice-président du Poellgor, cette victoire sur les Francs qui a donné à la Bretagne ses frontières actuelles. Il n’existait pas, à ce jour, de monument commémoratif à visée pédagogique ».Les deux cercles d’aluminium réalisés par la Nouvelle métallerie de Kerpont à Caudan ont été assemblés mardi. La structure de poinçonnage a été conçue par des spécialistes de la pixellisation, le bureau d’études quimpérois, Acianov.

Oeuvre singulière

 « Cette œuvre d’art singulière fera, grâce aux perforations, apparaître l’image de Nominoë, détaille Patrick Renaud. Ces deux disques seront eux-mêmes placés au centre d’un cercle celtique de granite ceinturant le tertre du mémorial ». Viendra bientôt le temps de l’inauguration, calée le samedi 26 mai. Elle rassemblera, lors d’une grande fête populaire, l’ensemble des acteurs de ce projet soutenu par la Région mais aussi les nombreux donateurs captivés par cette aventure revenue de la nuit des temps…

mercredi 28 mars 2018

Catalogne: lettre aux consuls d'Allemagne en Bretagne

Carles Puigdemont, Président de la Généralité de Catalogne


Suite à l'arrestation de M. Puigdemont , président de la Catalogne, en Allemagne, voici le courriel que j'ai adressé aux 3 consuls d'Allemagne présents en Bretagne. Vous trouverez leurs coordonnées sous ce courrier si vous souhaitez aussi réagir auprès d'eux.

Courrier aux 3 consuls d'Allemagne en Bretagne

Bonjour,



Juste un mot pour vous indiquer que je suis particulièrement déçu par les autorités allemandes qui ont accepté d’interpeller M Puigdemont, président de la Catalogne, obéissant ainsi à un mandat d’arrêt européen émis par les autorités de Madrid.



Outre le fait que ce mandat d’arrêt européen est détourné de sa vocation anti-criminelle à des fins politiques par les autorités espagnoles, que les principaux pays de l’Union européenne acceptent sans sourciller cette interprétation pour le moins contestable relève , en ce qui me concerne, d’un véritable scandale anti-démocratique.



C’est l’honneur des “petits pays” d’avoir refusé jusqu’à présent d’accéder aux demandes madrilènes.



Pour finir,  je ne peux que vous rappeler qu’il y a déjà eu un président catalan arrêté par la police allemande, livré à Madrid et fusillé: Lluys Companys, arrêté à La Baule en 1940. Certes il s’agissait de la police nazie, certes il s’agissait de l’Espagne franquiste, mais pour le moins, les autorités allemandes devraient éviter de se mêler de la politique catalane, l’arrestation de M Puigdemont ne pouvant que rappeler le précédent de Lluys Companys.



C’est avec ce genre d’attitude que les états tuent l’idée européenne.



Avec mes meilleures salutations bretonnes et européennes,



Jacques-Yves Le Touze
Lorient


Agir en Bretagne en soutien à la Catalogne 
 CONSUL D'ESPAGNE : • Rennes : sanchez.jean-pierre@wanadoo.fr 
CONSULS D'ALLEMAGNE en Bretagne:
•  Nantes nantes@hk-diplo.de
• Rennes rennes@hk-diplo.de 

mercredi 21 février 2018

Florian Bachelier, ce député qui ne comprend rien à la Bretagne.

Suite à l'article paru ce matin dans Ouest-France en page Bretagne annonçant son cavalier seul concernant la carte judiciaire de Bretagne ( voir l'article ici ) , j'ai envoyé à ce député d'Ille-et-Vilaine le courriel suivant :


Bonjour,
Je dois dire que j’ai été très déçu de lire ce matin dans Ouest-France qu’un député breton se désolidarisait d’une démarche unitaire pour le maintien de la Bretagne judiciaire sur nos 5 départements. 

Contrairement à ce que vous affirmez, il ne s’agit pas d’une instrumentalisation ni d’un sujet qui n’en est pas un mais d’un élément fondamental de l’identité de la Bretagne.
À moins de ne rien connaître à ce qu’est la Bretagne et ne rien comprendre à ses différentes dimensions, votre position ressemble à une sorte de coup de couteau dans le dos des habitants d’ici. 

C’est regrettable . Depuis 50 ans la Bretagne a progressé quand ses élus ont serré les coudes . La désunion n’a apporté que des mauvaises nouvelles .
Dans cette perspective, votre prise de position est une mauvaise nouvelle et particulièrement incompréhensible. À moins que l’avenir de la Bretagne ne vous laisse indifférent, je n’ose y croire.

Bien cordialement.

Vous pouvez vous aussi vous adresser à Florian Bachelier ici : https://www.florianbachelier.fr/contact/

Florian Bachelier, député Lrem d’Ille-et-Vilaine et premier questeur de l’Assemblée Nationale
 

dimanche 14 janvier 2018

jeudi 26 octobre 2017

Conférence d'Alex Salmond à l'Interceltique de Lorient en août 2017

 Avec retard, ci-dessous le texte de la conférence donnée par Alex Salmond, l'ancien Premier ministre d’Écosse et ancien leader du SNP, lors du Festival interceltique de Lorient, en, août dernier.  A compléter avec la lecture de son livre édité en français "Notre rêve ne mourra jamais" aux éditions Yoran.

Conférence donnée par Mr Alex Salmond
le lundi 7 août 2017 dans le cadre du Festival Interceltique de Lorient - Bretagne




Une Europe des peuples


C'est un grand plaisir pour moi d'être ici à Lorient à l'occasion de ce célèbre festival. Et un plaisir tout particulier de présenter la traduction en français de mon livre « Notre rêve ne mourra jamais » qui raconte en détails l'histoire du référendum de 2014.

L'Europe connaît depuis quelque temps une série de crises sérieuses.

Bien que les dangers du populisme d’extrême droite aient été écartés au cœur même de l'Europe, aux Pays-Bas ou en France, son ombre plane toujours à l'est et à l'ouest.

Le Brexit semble conduire le Royaume-uni dans une impasse calamiteuse tandis que les mauvais élèves de l'Europe que sont la Hongrie et la Pologne exaspèrent au plus haut point Bruxelles. La gestion calme et mesurée du Brexit par Michel Barnier (jusqu'à présent) donne l'illusion que l'on peut gérer ces problèmes sans remettre en cause les fondements et les valeurs essentiels de l'Europe bien que la dérive autoritaire incontrôlable (jusqu'à présent) du gouvernement polonais pousse certains à suggérer l'expulsion de la Pologne de l'Union européenne.

Pendant ce temps, la Commission fait la sourde oreille à certains processus démocratiques au sein de ses propres frontières. Apparemment, tant qu'un état reste fidèle et loyal à l'Union européenne, certains droits démocratiques passent au second plan pour les bureaucrates européens, comme s'en rend actuellement compte la Catalogne.

Cependant tous ces défis que rencontre l'Europe illustrent de façon assez cruelle son propre échec depuis les années 90 quand les travailleurs se tournaient vers Bruxelles pour mieux défendre leurs droits, quand les nations sans état voyaient en Bruxelles un allié pour contrer le centralisme des gouvernements dominants ou quand les Européens de l'Est juste libérés de l'emprise communiste voyaient leur salut dans les valeurs européennes.

La situation actuelle de l’Écosse peut nourrir la réflexion et les raisons s'en retrouvent dans le passé européen de notre pays.

Depuis 1000 ans, il y a eu deux chocs fondamentaux, deux surprises, sinon deux tournants dans l'histoire européenne. Le premier c'est le titre de champion de la Premier League anglaise du club de football de Leicester City , il y a deux saisons...... Et le second fut la victoire d'une armée de va-nu-pieds écossais en 1297 à Stirling contre la fine fleur de la chevalerie Plantagenêt.

Ce n'est pas un fait unique. Des paysans flamands infligèrent le même sort aux chevaliers français quelques années plus tard à Courtrai.Mais la victoire de Stirling marque un vrai tournant dans l'histoire médiévale,

Un peu comme le club de Leicester, William Wallace mordit la poussière la saison suivante à la bataille de Falkirk. Cependant après la bataille de Stirling, que firent les deux Gardiens de l’Écosse qu'étaient William Wallace et Andrew de Moray pour célébrer leur victoire historique? Vous vous dites sans doute.... un énorme ceilidh ou un monstrueux fest-noz ?

Et bien, non ! Ils rédigèrent une lettre pour le quartier général de la Ligue hanséatique à Lübeck en leur disant et je résume : « Il y a eu du changement, nous sommes de nouveau aux commandes : pourrions-nous reprendre nos échanges commerciaux ? Et s'il vous plaît , soyez gentils envers nos deux marchands qui vous apportent cette lettre. ».

La Ligue hanséatique était à l'époque un peu l'équivalent de notre marché unique européen, et la lettre envoyée à Lübeck correspond à ce que dit aujourd'hui le Premier ministre écossais à la Commission européenne : « Bon, nous n'aimons pas ce Brexit anglais, nous n'avons pas voté pour et nous n'en voulons pas. Et nous espérons bientôt être aux commandes ».

Quelques 450 ans après la bataille de Stirling, nous trouvons un gentleman écossais s'ennuyant à éduquer un aristocrate écossais, écrivant à un ami depuis Toulouse pour lui annoncer qu'il commençait à écrire un nouveau livre. Ce gentleman écossais se nommait Adam Smith (philosophe et économiste des Lumières) , son ami David Hume (philosophe, historien, économiste des Lumières) et son livre « La richesse des nations » (livre fondateur de l'économie politique).

Tout ceci pour dire que l’Écosse du XVIIIè siècle était alors au centre de la pensée européenne et que les Lumières écossaises ont largement nourri les révolutions américaine et française.

Sautons un siècle et demi. Nous retrouvons l’Écosse, il y a un siècle, au centre du conflit européen de 1914. Les pertes écossaises dues au carnage que fut cette « grande guerre », en pourcentage de la population, sont les plus fortes après celles de la France et de l'Allemagne. Des villages du nord-est de l’Écosse et des Highlands ont vu la moitié des hommes en âge de combattre ne pas revenir. D'où notre intérêt dans la paix apportée depuis 65 ans par la construction européenne.

J'ai insisté sur ces 3 épisodes de notre histoire pour montrer à quel point l’Écosse est un pays européen depuis près d'un millénaire. Que ce soit pour le commerce, la culture, la recherche scientifique, la pensée, la paix ou la guerre, l’Écosse a toujours été au centre de l'Europe.

Donc s'entendre dire que, malgré la volonté exprimée du peuple écossais, ces liens avec l'Europe allaient être réduits, suspendus ou supprimés, que nous allions être réduits au simple rôle de spectateur, est juste démocratiquement inacceptable, c'est un affront à notre propre histoire. C'est inacceptable pour l'Ecosse, c'est inacceptable pour l'Europe.

Il y a de nombreuses choses négatives dans ce processus du Brexit : le Royaume-uni en sortira affaibli. Le Brexit n'a rien d'autre à offrir que des inconvénients comme l'a rappelé le Président Tusk. Même chez les Brexiters qui n'arrêtaient pas de vanter les avantages du Brexit, l'inquiétude se fait désormais sentir et les mêmes cherchent à limiter les dégâts.

Mais l'un des aspects les plus négatifs de cette histoire de Brexit est le temps et les moyens mis à démanteler une partie de l'Union européenne alors que nous devrions nous préoccuper des défis d'aujourd'hui et demain auxquels nous sommes tous confrontés. Quel gâchis ! L'Europe devrait être entrain de se réformer pour pallier à ses propres faiblesses, ainsi que l'avait d'ailleurs prévu Robert Schuman qui avait prédit que l'Europe se construirait par paliers successifs.

Ceci dit, il y a un aspect de l'histoire de l’Écosse qui devrait réconforter et donner de l'espoir au reste de l'Europe. On nous a dit et répété que l'ordre établi était assiégé par les forces populistes d’extrême-droite, que les libertés, le droit et la justice, les politiques progressistes étaient sur le recul en Europe et même dans le monde.


Cependant, en Écosse, les forces progressistes pro-européennes dominent le paysage politique . Même après les dernières élections législatives britanniques, le SNP ( Scottish national Party) avec sa volonté inébranlable de garder notre place en Europe détient la majorité des sièges de députés écossais à Westminster et la majorité au Parlement d'Edimbourg. En Ecosse, la remise en cause de l'establishment se fait par la réaffirmation des idées libérales et progressistes et l'Europe reste pour les Ecossais une construction positive malgré tous ses défauts dont il vaut mieux faire partie que de la quitter.

Comme l'a indiqué lui-même le Président Juncker, l’Écosse a gagné le droit d'être entendue et d'être écoutée à Bruxelles.


Il n'y a pas que l’Écosse dans ce cas. A travers l'Europe, de nouvelles forces pour le changement sont apparues notamment en provenance de la gauche. Là aussi, quelle fut la réponse de l'Europe ? Une nouvelle déception. Alors que les ennemis réactionnaires du Traité de Rome sont à nos portes, l'aide des nouvelles forces politiques devrait être chérie et accueillie avec bienveillance.

Nous avons besoin d'une Europe où la contestation soit transformée en espoirs positifs.Nous devons relever l'étendard en lambeaux d'une Europe sociale. Nous devons remettre à l'ordre du jour les idéaux de la Ligue celtique, auto-détermination des peuples, diversité culturelle et linguistique, paix et liberté, et leur donner toute leur place au sein d'une Europe unie.

L'année dernière, le gouvernement écossais a publié un document sur l'avenir de l’Écosse : comment maintenir nos liens avec le reste de l'Europe, comment adapter le Royaume-uni à cette nouvelle situation . Ce document présente de façon claire et pragmatique, notions totalement absentes dans le reste du monde politique britannique, comment faire respecter la volonté européenne du peuple écossais tout en tenant compte des réalités politiques. Ce document propose que l’Écosse adhère à l'Espace Économique Européen (comme la Norvège), solution pour que l’Écosse garde ses liens avec l'Europe.

Cette solution malheureusement n'a guère été audible lors du tohubohu des dernières élections législatives britanniques ce qui peut en partie expliquer le recul du SNP (qui a gardé cependant la majorité des sièges écossais à Westminster). Et il est vrai aussi que l'actuel gouvernement britannique particulièrement arrogant rejette toute concession et la désormais très affaiblie Premier ministre refuse même de rencontrer notre Premier ministre, Nicola Sturgeon.

Cependant, le temps fait son œuvre. Chaque mois passant, l’Écosse renforce sa position pro-européenne alors que Londres s'enferme dans son isolationnisme et sa position s’affaiblit jour après jour. Comme l'a indiqué le Financial Times, Londres n'a que 3 solutions de sortie de négociation : la pire des humiliations, une grande humiliation ou simplement une humiliation. Pour paraphraser nos voisins irlandais : « les difficultés de l’Angleterre sont une opportunité pour l’Écosse » .

Ce dont nous avons besoin maintenant , ce n'est pas uniquement des encouragements et de la bonne volonté de la part de nos partenaires européens : nous avons besoin d'un soutien clair et concret dans le combat contre ce que représente le Brexit pour construire une Europe dans laquelle toutes les nations auront leur place. Ou comme le dit le grand poète Hamish Henderson dans son hymne Freedom Come All Ye :

So come all ye at hame wi Freedom
Never heed whit the hoodies croak for doom
In your hoose a’ the bairns o Adam
Can find breid, barely-bree and painted room




samedi 26 août 2017

Un quaich en provenance d'Ecosse

Surprise de trouver dans son courrier un paquet en provenance d’Écosse et plaisir d'y découvrir un Quaich aux armes du Parlement écossais.

Le Quaich (du gaélique "cuach"), c'est cette petite coupe qui depuis des siècles sert à déguster le whisky entre hôtes, entre amis, entre alliés, pour remercier ou honorer quelqu'un.

Tous mes remerciements à Alex Salmond !

jeudi 17 août 2017

« Notre rêve ne mourra jamais », par Alex Salmond. Entretien avec Jacques Yves Le Touze

NHU, 17 août 2017

Entretien avec Jacques Yves Le Touze, spécialiste breton des questions écossaises, à propos de Alex Salmond, ex Premier Ministre d’Écosse et de son dernier ouvrage.

De formation économiste, Alex SALMOND sera Député au Parlement d’Écosse. Puis Premier Ministre d’Écosse de 2007 à 2014. Vice chef du SNP dès 1987, il en prendra la direction en 1990. Enfin il mènera campagne dès 1997 pour la dévolution de l’Écosse.
Alex SALMOND démissionnera de sa responsabilité de Premier Ministre d’Écosse à la suite de l’échec du référendum de 2014 sur l’indépendance de son pays. Sa vice Première Ministre Nicola STURGEON prendra alors la direction de l’Écosse.
Le SNP passera en trente ans de trois Députés à cinquante six, sur les cinquante neuf que compte le Parlement écossais.
Alex SALMOND a récemment écrit « Notre rêve ne mourra jamais – L’Écosse sur la voie de l’indépendance », que vous venez de traduire en français.
 

Jacques Yves Le Touze, tout d’abord, pourquoi avoir ressenti le besoin de traduire en français cet ouvrage de Alex Salmond ?

 

Depuis très longtemps (dès le lycée), je suis intéressé par le monde celtique, celui des nations dites celtiques que l’on retrouve dans les îles britanniques et j’ai toujours pensé que la Bretagne devait s’insérer dans ce monde. Pour de nombreuses raisons, historiques, culturelles, linguistiques, politiques, nous avons tout intérêt à nous rapprocher de nos cousins celtes pour sortir du tête à tête quelque peu mortifère avec Paris. J’ai participé à de nombreuses initiatives en ce sens au fil des ans. A la fin des années 90, je me suis intéressé plus particulièrement à l’Écosse où le mouvement pour l’émancipation nationale prenait de plus en plus d’ampleur. J’ai adhéré au SNP (Scottish National Party) pour simplement voir au début comment ce parti fonctionnait et depuis j’en suis resté membre. Bien évidemment, j’ai suivi avec grand intérêt l’ascension assez fulgurante d’Alex SALMOND passant de leader du SNP au poste de Premier ministre d’Écosse et organisant en 2014 le premier référendum sur l’indépendance écossaise.


Cette évolution remarquable de la vie politique écossaise est assez étonnante et quand Alex SALMOND a publié son livre en anglais rapportant au jour le jour le déroulement des évènements conduisant au référendum, je me suis dit qu’il serait intéressant de le mettre à la disposition des nos compatriotes pour qu’ils en tirent quelques leçons. Cette idée est restée en l’état jusqu’à la publication fin 2015 de la seconde édition du livre d’Alex qui y intégrait les élections législatives du printemps 2015 qui virent une victoire historique du SNP.


Cette traduction … une évidence.

Là il me devint évident qu’il fallait “faire quelque chose ». A l’automne 2016, j’ai proposé à Yoran Embanner de publier la version en français de cet ouvrage et le livre est sorti en Juillet 2017. L’Écosse n’est pas la Bretagne mais il me semble intéressant de voir de l’intérieur le déroulement d’un processus qui a changé pour toujours la société écossaise et qui a fait trembler sur ses bases le système britannique. Nous avons pas mal de leçons à en tirer ici en Bretagne, vu la situation assez pitoyable dans laquelle nous nous retrouvons.

Vous êtes un spécialiste de l’Écosse et en particulier de la démarche du SNP Scottish National Party. Vos commentaires sur l’évolution de ce parti qui fait trembler les bases mêmes de ce qu’il est encore convenu d’appeler le Royaume Uni ?

 

Alex SALMOND a fait du SNP une machine politique extrêmement efficace parce qu’avant tout, le positionnement du parti est très clair : pour l’indépendance de l’Écosse, pour l’Europe, pour la protection sociale et le dynamisme économique, autrement dit “social-démocrate”. Son programme permet à de nombreux secteurs de la société de s’y retrouver, à droite comme à gauche. Cette capacité à unir les Écossais ainsi que son pragmatisme fait sa puissance : depuis 87, le SNP est passé de trois députés à Westminster à trente cinq actuellement. Depuis dix ans, le SNP gouverne à Édimbourg. Le SNP n’a jamais renié son progressisme, ses positions sociales mais a su par son discours indépendantiste attirer des électeurs au-delà du secteur “centre-gauche”.
 

Le SNP Scottish National Party transforme le paysage politique de l’Écosse.

 

En une cinquantaine d’années et jusqu’il y a peu, son positionnement lui a permis de siphonner les votes “pro-Écosse” de droite, du centre et depuis le référendum, de gauche. C’est assez remarquable tout ceci sans abandonner sa ligne politique “centre-gauche”. Les succès du SNP sont en train de transformer le paysage politique écossais en deux blocs : les “pro-indépendance” d’un côté comme le SNP, les Verts et divers mouvements, et les unionistes de l’autre côté comme les Conservateurs, les Travaillistes ou les Libéraux-démocrates. Ces deux blocs sont actuellement quasiment à égalité et l’avenir de l’Écosse va se jouer sur la capacité du camp indépendantiste à rassembler encore plus large. Les dernières élections législatives de 2017 ont vu cette cristallisation des votes indépendantistes et unionistes.
 
 
Conférence Festival Interceltique Lorient – Photo Michel THIERY

Bientôt l’indépendance de l’ Écosse …

C’est une situation nouvelle qui va nécessiter de la part du SNP de développer une nouvelle stratégie. Jusqu’à présent le SNP faisait face à trois partis unionistes. Désormais le SNP devra faire face à une sorte “d’union sacrée” plus ou moins explicite pour contrer les avancées indépendantistes. En un sens, c’est assez normal. La question est de savoir si le SNP va être en capacité de continuer à écraser le Labour britannique tout en limitant les succès des Conservateurs qui semblent devenir les leaders du camp unioniste. Le Brexit est un élément qui va perturber le jeu et pour Alex SALMOND, c’est ce Brexit et son impact qui détermineront la date du prochain référendum sur l’indépendance écossaise. Tout reste ouvert et le SNP va devoir faire face à de nombreux défis pour pouvoir passer outre et conduire le pays à l’indépendance. Tout reste ouvert et c’est ce qui est passionnant. Une remarque : malgré tous les blocages et les peaux de banane, le fait est que ce débat politique se passe dans des conditions démocratiques assez uniques que, par exemple, les Catalans envient. L’Écosse est un espoir pour l’ensemble des nations sans état d’Europe : son indépendance encouragerait nombre d’entre elles à obtenir une évolution de leur statut. C’est d’ailleurs la crainte de Madrid ou Paris.

Selon vous, quels sont les points de ressemblance, s’il y en a, entre l’évolution politique de l’Écosse et de la Bretagne ? Et nos points de divergence ? Sachant que nous avons à faire à deux peuples celtes cousins, avec une population assez similaire en nombre d’habitants : 5,3 millions pour l’Écosse et 4,6 millions pour la Bretagne.

L’Écosse et la Bretagne sont des pays trilingues : scots, anglais et gaélique pour l’Écosse; gallo, français et breton pour la Bretagne. Ce sont les deux seules nations celtiques à avoir développé un cadre étatique stable pendant plusieurs siècles. A part ça, leur situation est assez divergente. Lors de l’union avec la France en 1532, la Bretagne a sauvegardé une grande part de ses institutions mais la révolution française a tout mis à bas. L’union avec l’Angleterre en 1707 a permis à l’Écosse de garder jusqu’à présent son système bancaire, son système d’enseignement, son système judiciaire. Le niveau de conscience nationale dans les deux pays n’est pas le même du fait de ces différences historiques. Par ailleurs, l’Écosse a toujours été considérée comme une nation au Royaume-Uni. Ici en hexagonie, la Bretagne est “une nation interdite” comme l’a dit très justement le député Paul MOLAC il y a peu. La situation politique n’est donc pas la même et l’on peut dire que la Bretagne est politiquement dans une situation critique qui peut même poser la question de son existence à moyen ou long terme. Je pense que l’évolution politique de l’Écosse peut néanmoins nous enseigner un certain nombre d’éléments qui peuvent nous aider à nous sortir de l’ornière dans laquelle nous nous retrouvons. Je dirai avant tout clarté, pragmatisme, constance. Nous avons tout entre nos mains pour faire aussi bien que les Écossais . Manque notamment une grosse dose de réalisme.
 

Vous avez organisé la venue, tout à fait exceptionnelle, d’Alex Salmond, au Festival Interceltique de Lorient il y a quelques jours. Hormis la présentation de son livre que vous venez de traduire en langue française, quelles retombées de cette visite ?

La venue d’Alex SALMOND à l’Interceltique a été un évènement exceptionnel en effet, et tout à fait réussi grâce notamment au directeur du FIL, Lisardo LOMBARDIA. Le but de cette visite de mon point de vue, en dehors du lancement de la version française de son livre, était d’une part de “faire parler” Alex SALMOND lors d’une conférence publique qui aura rassemblé près de 250 personnes, d’autre part de lui permettre de s’exprimer dans de nombreux médias bretons et français. Je crois que sur ces deux points, sa visite aura été un succès.
Il est quand même intéressant de pouvoir donner des espaces de parole à un leader politique qui porte un projet révolutionnaire qui aboutirait à la création du second état celtique indépendant. Je rajouterai un point qui nous concerne directement : ça aura aussi permis de lui faire découvrir ce qu’est la Bretagne actuelle.
Le nouvel ouvrage de Alex SALMOND, « Notre rêve ne mourra jamais », traduit en langue française par Jacques Yves LE TOUZE, est édité aux Éditions Yoran Embanner – www.yoran-embanner.com