lundi 18 août 2008

Jeremy Evas : "Nous avons désormais les moyens en qualité et en quantité pour que la langue galloise progresse significativement"


Dans le cadre de l'Année du Pays de Galles au Festival Interceltique, j'ai rencontré, pour ABP, l'un des représentants de « Bwrdd yr Iaith Gymraeg », le Bureau de la Langue galloise, Jeremy Evas.

ABP : Quand a été créé le Bureau de la Langue Galloise ?

Jeremy Evas : « Le Conseil de la Langue Galloise (nous préférons cette dénomination à celle de Bureau) a été créé en 1993 dans le cadre d'une loi britannique portant sur la promotion de la langue galloise. Son financement est assuré par le gouvernement gallois depuis 1999 et nous disposons actuellement d'un budget de 13 millions £ (soit près de 16,5 millions €) dont nous redistribuons 9 millions £ pour des projets proposés par divers organismes sous formes de bourses ou subventions.

Les membres du Conseil sont nommés par le gouvernement à partir d'une liste de candidats. Le Conseil dispose de 74 fonctionnaires sur 3 sites, Cardiff, Carmarthen et Caernarfon et dans diverses communautés. »

ABP : Quelle est la situation institutionnelle de la langue galloise ?

Jeremy Evas : « En 1967, il y avait eu une première loi qui légalisait un bilinguisme « minimum » (signalisation, formulaires, etc..) ; cette loi s'est révélée rapidement insuffisante et en 1993, la loi qui créa notre Conseil fit obligation à toute institution présente au Pays de Galles de fournir ses services en gallois. En 15 ans, cette loi a profondément changé le paysage linguistique au Pays de Galles ; la langue galloise a trouvé un statut de co-officialité aux côtés de l'anglais ; de ce fait, la langue galloise s'est imposée à tous les partis politiques et n'est plus un enjeu politicien. »

ABP : Combien y a-t-il de locuteurs actuellement ?

Jeremy Evas : « Il y a 582 000 locuteurs sur 3 millions d'habitants, soit 20,8 % de la population, ce qui est un résultat en progression, sachant que le pourcentage est de 25 % chez les plus de 65 ans et de 45 % chez les 3 à 15 ans. Le but du gouvernement est une progression de 5 % en 3 ans. »

ABP : Quelles sont les réalisations du Conseil de la Langue Galloise ?

Jeremy Evas : « Outre l'appui aux institutions, nous travaillons avec de grandes entreprises privées comme Tesco ou Microsoft ; nous développons une politique majeure en direction des parents pour les inciter à parler en gallois avec leurs enfants et nous menons des recherches régulières en socio-linguistique avec l'appui de sondages dans la population ; c'est ainsi que nous pouvons dire que 13 % de la population galloise parle couramment et régulièrement gallois.

La situation de notre langue a beaucoup évolué : elle a subi des pertes importantes dans les communautés rurales ; en revanche, en milieu urbain, le gallois se porte bien : à Caernarfon, la langue est parlée par 90 % de la population ou bien à Cardiff, ville de 300 000 habitants, 10 % de la population est galloisante, ce qui est une nouveauté en progression constante. Le gallois n'est plus uniquement une langue rurale mais de plus en plus urbaine. »

ABP : Quel impact a eu la création de la chaîne TV en gallois S4C ?

Jeremy Evas : « La création de cette chaîne a été incroyablement positive à plusieurs niveaux : Cardiff est devenue l'un des centres majeurs de la création audiovisuelle en Grande-Bretagne (vous connaissez sans doute la série Dr Who ? …) et avec cette TV, la langue orale s'est unifiée de façon très efficace évitant ainsi une fragmentation dialectale. »

ABP : L'avenir du gallois semble donc garanti ?

Jeremy Evas : « On peut dire actuellement que le gallois survivra alors que 90 % des 6000 langues actuellement parlées dans le monde sont condamnées à plus ou moins brève échéance. Nous avons désormais les moyens en qualité et en quantité pour que la langue progresse significativement. »

ABP : Que pensez-vous de la situation bretonne ?

Jeremy Evas : « La situation en Bretagne est évidemment bien pire qu'au Pays de Galles . Les priorités pour vous sont la transmission en encourageant les parents (ou les grands-parents) à parler en breton aux enfants (aux petits-enfants), bien qu'il soit un peu tard… et la création de média TV en langue bretonne. Pour notre part, nous souhaitons développer notre collaboration avec l'Office de la Langue Bretonne au sein du réseau européen pour la diversité linguistique et sur des projets comme l'éducation en immersion linguistique. »

ABP : Que pensez-vous du Festival de Lorient ?

Jeremy Evas : « C'est intéressant et très riche culturellement mais la langue bretonne devrait y être beaucoup plus présente pour encourager son utilisation et sa promotion. Mais il semblerait que les choses bougent depuis peu au Festival de Lorient en ce domaine. »

ABP : Merci .

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