mardi 21 octobre 2008

Pour Alex Salmond “l'Écosse a pour destinée d'être indépendante”



La 74e conférence annuelle du parti nationaliste écossais SNP qui s'est tenue à Perth de jeudi à dimanche fut exceptionnelle à plusieurs titres.


Un parti confiant et dynamique

En 2007, la conférence était en pleine euphorie après que le SNP eût gagné les élections au Parlement écossais ; cette année, c'est en parti de gouvernement que le SNP recevait ses délégués . Et la différence était visible, notamment, dans le hall accueillant les exposants, plus de 50 organisations les plus diverses, du WWF à l'Union des Étudiants écossais, de Scottish Power à Coca Cola, de l'Union des Pompiers à la Lutte contre le psoriasis, bref un joyeux mélange de militants, de lobbyistes et d'institutions, signe de l'importance prise par le SNP dans la politique et la société écossaises.

Autre signe révélateur : plus de 200 journalistes accrédités pour suivre les débats, soit le double d'il y a quelques années.

Ce fut aussi l'occasion d'accueillir le 15.000e membre du SNP, un jeune étudiant de l'université de Stirling, Andy Pyle. À comparer avec les 8.000 membres d'il y a 7 ans.

Un clin d'œil à son 75e anniversaire prévu en 2009, ce fut aussi l'occasion pour le SNP de lancer son propre tartan.

Au milieu des multiples débats, soirées, rencontres, l'ambiance était assez sereine et enthousiaste parmi les 1200 délégués venus de tout le pays, malgré la crise financière et économique, malgré les attaques répétées des leaders et médias unionistes.


« À vos côtés »


C'était le thème de la conférence : le SNP est « à vos côtés », que ce soit pour la rénovation du NHS, le service de santé, tout en excluant toute privatisation du secteur de santé, la promotion des PME écossaises en proposant de réserver une part des marchés aux petites et moyennes entreprises écossaises, ou pour la protection des plus faibles en prenant en charge les dépenses de chauffage pour les personnes âgées, etc… Ce parti présente ainsi une ligne politique originale à la fois sociale et entrepreneuriale, un mélange de social-démocratie et de démocratie sociale. Cette conférence fut la confirmation de cette politique, tout en soulignant les limites imposées par le statut actuel de l'Écosse, empêchant le gouvernement écossais d'appliquer l'ensemble de son programme.


« Nous nous battons pour les droits de l'Écosse »


Dans son discours de dimanche après-midi, Alex Salmond, ovationné par les délégués, fut particulièrement offensif contre le Premier ministre britannique, Gordon Brown, accusé d'être l'un des auteurs de la crise financière par sa politique menée depuis 10 ans en tant que Chancelier de l'Échiquier puis Premier ministre. C'est l'autre grande caractéristique de cette conférence : pour la première fois, le SNP a subi les attaques répétées des partis unionistes et du gouvernement de Westminster ; violemment attaqué par Gordon Brown sur le thème de l'impossibilité de l'indépendance et la nécessité de l'Union du fait des crises économique et financière, Alex Salmond a réagi avec force et acuité, renvoyant G. Brown dans le camp des irresponsables, l'accusant de profiter de cette crise pour reprendre pied en Écosse. Reprenant point par point l'argumentation de son adversaire, Alex Salmond a réitéré sa vision d'un « axe de prospérité » allant de l'Irlande au Danemark en passant par la Norvège et comprenant une Écosse indépendante, soulignant la capacité interne de résistance de ces petits pays face aux crises.

Accusant les unionistes de brader les intérêts écossais, comme dans le cas des banques écossaises, Alex Salmond a affirmé vouloir « un nouvel âge de responsabilité pour la nation écossaise » pour construire « une nouvelle Écosse indépendante » au service de tous ses habitants. Offensif et visionnaire, A. Salmond a enthousiasmé les auditeurs qui l'ont longuement applaudi.

Premier test pour le parti d'Alex Salmond : l'élection partielle de Glenrothes, détenu jusqu'à présent par le Labour, dont le résultat signera l'ascension continue du SNP ou bien le coup d'arrêt à sa progression jusqu'ici irrésistible. La situation économique et financière depuis 2 mois a quelque peu brouillé les cartes, et l'enjeu, symbolique, sera révélateur du rapport de forces entre A. Salmond et G. Brown.

vendredi 17 octobre 2008

Écosse : le parti nationaliste SNP tient sa 74e conférence ce week-end à Perth dans un contexte de crise économique et de fortes tensions politiques


Depuis 18 mois, le leader du SNP, Alex Salmond, dirige le gouvernement écossais et mène rondement sa politique en dépit d'une majorité relative de députés nationalistes qui l'oblige à s'appuyer régulièrement sur des alliances de circonstance, tantôt avec les Libéraux-Démocrates, tantôt avec les Conservateurs, les Travaillistes restant dans une opposition systématique.

Depuis 18 mois, l'habileté politique du leader écossais a étonné, irrité ou surpris plus d'un observateur habitué de la vie politique britannique. Excellent orateur, brillant polémiste, A. Salmond a mené tambour battant son parti à la victoire, y compris lors de la dernière élection partielle dans un fief travailliste, narguant les commentateurs qui lui prédisaient une déroute.

Fort de cette réussite, le Premier ministre écossais a secoué les habitudes établies de l'establishment politique d'Edinburgh, bousculant en permanence les partis unionistes déboussolés, menant une guerre médiatique d'usure contre le gouvernement de Londres, mettant en place une politique proprement écossaise dans tous les domaines, du plus symbolique au plus pratique, imposant jour après jour sa vision d'une Écosse indépendante à l'image de la Norvège ou de l'Irlande.

« Mais qui peut arrêter Alex Salmond ? »

En juillet dernier , The Guardian titrait « Mais qui peut arrêter Alex Salmond ? » et soulignait que, depuis l'arrivée du SNP à la tête du gouvernement écossais, le discours et la pratique du monde économique, social et politique écossais s'étaient profondément « écossisés » ; le dynamisme d'Alex Salmond entraînait petit à petit l'Écosse vers une sorte d'indépendance médiatique et mentale, prélude pour les nationalistes au référendum prévu en 2010 portant sur l'indépendance institutionnelle.

Jouant sur plusieurs registres, A. Salmond s'est appliqué à tackler en permanence Westminster, tout en réaffirmant son attachement à la famille royale, précisant qu'il souhaitait que l'Écosse retrouve un statut d'État indépendant dans le cadre d'une simple union des couronnes anglaise et écossaise, prenant ainsi à contre-pied le discours alarmiste de Gordon Brown, le Premier ministre britannique.

Cette marche en avant a, durant ces derniers mois, eu des effets dévastateurs sur ses concurrents : en 18 mois, le Parti travailliste écossais a changé 3 fois de leader, les Libéraux-Démocrates et les Conservateurs, pour leur part, 2 fois, désorganisant ainsi le début de front anti-nationaliste tenté à l'été 2007 entre les 3 partis unionistes. Parallèlement, Gordon Brown, lui-même député écossais, tombait au plus bas dans les sondages de popularité.

Premières difficultés


Avec une popularité au plus haut, A. Salmond a dû cependant affronter quelques difficultés notamment pour ses projets de réforme de la fiscalité locale, de l'enseignement, etc…. Ne disposant pas de majorité absolue, son gouvernement a du négocier la plupart du temps avec les centristes libéraux-démocrates pour faire adopter des mesures importantes de son programme. En dépit de cette situation quelque peu précaire, le gouvernement nationaliste est arrivé, globalement, à ses fins sur la plupart des sujets, renforçant sa crédibilité auprès de la population.

C'est dans cette atmosphère qu'intervint un évènement annonciateur de tensions à la fois politiques et économiques.

L'Ecosse a une économie basée sur l'industrie et les services ; elle dispose aussi d'un troisième secteur particulièrement florissant jusqu'à présent : la finance avec d'importantes banques comme la Bank of Scotland (HBOS) , la Royal Bank of Scotland (RBS), des assurances , des fonds de pension (Scottish Widows) , etc.. qui font d'Edinburgh la 20ème place financière au monde. C'est d'ailleurs une tradition séculaire , la Bank of Scotland, par exemple, ayant été fondée au XVIIème siècle.

Or, courant septembre, une nouvelle fit l'effet d'une bombe en Ecosse ; la banque britannique TSB Lloyds annonçait qu'elle achetait la Bank of Scotland (HBOS) avec le soutien du gouvernement britannique et au grand dam d'Alex Salmond . HBOS , que les Ecossais appellent « la banque », est une véritable institution en Ecosse et son rachat par une autre banque , britannique qui plus est, ne pouvait être vécu que comme un véritable affront.

La crise économique, une opportunité politique ?


Avec son talent habituel, A. Salmond réussit en quelques jours à en faire une véritable cause nationale et à mobiliser de nombreux acteurs économiques pour contrer ce rachat, dénonçant une manœuvre politique de Westminster visant à affaiblir l'indépendance du système financier écossais. La « résistance » du Premier Ministre écossais a jusqu'à présent plutôt réussi , le dossier étant bloqué .

Et ceci, d'autant plus que la crise financière a atteint son paroxysme ce début d'octobre où l'on vit Gordon Brown déployer une grande activité pour conserver à flots la finance britannique, notamment, en prêtant de l'argent aux banques en échange d'actions (ce que l'on nomme ici « nationalisation partielle ») et parmi les banques concernées, l'on trouve de nouveau HBOS et aussi RBS, ie les 2 fleurons de la finance écossaise. Situation d'urgence qui nécessitât l'intervention aussi du gouvernement écossais qui mit 1 milliard de livres sur la table en concertation avec Londres.

Là où la crise financière a pris un tour politique depuis le début de la semaine et à l'approche de la Conférence nationale du SNP, c'est lorsque, mardi dernier, Gordon Brown en a tiré l'argument suivant : sans le Royaume-Uni, l'Ecosse n'aurait pas pu se sortir de ce désastre financier, prenant l'exemple de l'Islande en plein marasme. A la suite du Premier ministre britannique et s'appuyant sur la situation fragilisé du secteur financier écossais, les politiques et les media unionistes ont martelé, depuis mardi, ce credo contre l'indépendance écossaise..

Une conférence déterminante


C'est dans ce contexte tendu que s'est ouvert hier jeudi , la conférence annuelle du SNP qui doit rassembler près de 1500 délégués jusqu'à dimanche.

Les premières interventions d'Alex Salmond ont donné la tonalité du congrès, confirmant l'option indépendantiste , meilleure solution pour le développement économique, social, etc… du peuple écossais, dénonçant une nouvelle fois le détournement par Londres des revenus pétroliers écossais, prenant pour exemple les réalisations des derniers 18 mois.

Face au retour au premier plan de Gordon Brown, à la main-mise de l'état britannique sur les outils financiers écossais, cette conférence va sans doute être un moment charnière pour le SNP et le gouvernement nationaliste d'Alex Salmond.

D'ici dimanche , le Centre des Congrès de Perth va concentrer tous les débats sur l'indépendance écossaise, la faisabilité du referendum mais aussi sur les projets à court et moyen termes d'Alex Salmond pour confirmer ses succès des derniers 18 mois et notamment, pour gagner la prochaine élection partielle face aux Travaillistes à Glenrothes. ■