mercredi 21 septembre 2011

Irlande : une élection présidentielle très ouverte

Le 27 octobre prochain aura lieu l'élection présidentielle qui donnera un successeur à l'actuelle Présidente irlandaise, Mary MacAleese, qui aura effectué deux mandats de 7 ans depuis 1997.

Election jusqu'à présent grandement symbolique, le président irlandais étant chef de l'Etat et chef des Armées sans autorité exécutive, l'élection présidentielle revêt cette année une dimension particulière du fait de l'actualité politique et aussi de l'évolution de la société irlandaise.

Bien qu'occupé dans les décennies passées par des personnalités importantes de la vie politique irlandaise comme Douglas Hyde ou Eamonn de Valera, le poste de Président de la République d'Irlande a commencé à prendre une certaine ampleur médiatique et politique avec l'élection de Mary Robinson, soutenue par le Parti Travailliste, première femme élue à cette fonction, et dont l'aura et l'action internationale donnèrent une nouvelle visibilité à la présidence irlandaise (1) ; Mary Robinson devint d'ailleurs à la fin de son mandat, en 1997, Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme aux côtés de Kofi Annan, jusqu'en 2002.

L'élection de 1997 fut aussi une première avec l'avènement de Mary MacAleese, premier Chef de l’État né en Irlande du Nord. Issue du Fianna Fail (centre-droit nationaliste), elle s'est toujours positionnée pour la réunification de l'Irlande ; catholique plutôt conservatrice, Mary MacAleese va pendant ses 14 années de présidence pousser à la modernisation de la société irlandaise, notamment soutenir le processus de paix en Irlande du Nord, promouvoir la langue gaélique ; en 2004, lors de l'élection présidentielle, Mary MacAleese fut d'ailleurs la seule candidate, les principaux partis ne souhaitant pas lui opposer d'autres candidats.

Depuis 2008, l'Irlande a subi de plein fouet la crise financière mondiale et l’État irlandais a du massivement soutenir les banques d'Irlande en injectant plus de 53 milliards d'euros dans le système bancaire déséquilibrant ainsi les comptes de l’État et obligeant à l'intervention des pays de l'Eurozone et du FMI au grand dam de l'opinion irlandaise très attachée à la souveraineté de l'Irlande. En fait, le pays était jusqu'alors en pleine surchauffe économique avec ses bons côtés dont un niveau de vie de 20% supérieur au niveau de vie breton par exemple, mais aussi avec une bulle immobilière démesurée : le quasi effondrement du système financier irlandais a produit des secousses très fortes dans la société irlandaise qui se sont exprimées notamment lors des élections générales de février 2011.

Ces élections virent un véritable reflux du parti au pouvoir, le Fianna Fail, qui passa de 77 à 20 députés, la disparition de son allié Vert ( 0 député), la victoire du Fine Gael ( centre-droit libéral) avec 76 députés ( + 25) , la progression du Parti Travailliste avec 37 députés ( + 17 ) et la percée remarquée du parti républicain Sinn Fein avec 14 députés ( + 10 ) dont son leader Gerry Adams. Pour la première fois depuis la création de la république, le Fianna Fail perdait son statut de premier parti d'Irlande ; l'autre évènement fut la progression notable du Sinn Fein et l'arrivée de son leader au Dail de Dublin ( parlement) , Gerry Adams , ancien responsable de l'IRA, président du Sinn Fein, négociateur des accords du Vendredi Saint qui mirent fin à la guerre en Irlande du Nord et ouvrirent la porte au partage du pouvoir entre nationalistes et unionistes au parlement de Stormont à Belfast. Cette recomposition du paysage politique aboutit à la constitution d'un gouvernement Fine Gael – Parti Travailliste.

C'est dans cette situation politique assez nouvelle que se présente en octobre prochain l'élection présidentielle.

Le Fianna Fail toujours sous le coup de cette défaite historique se déchire depuis des semaines sur la question de présenter ou non un candidat pendant que le Parti Travailliste décidait de présenter son président Michael D Higgins qui jusqu'à dimanche dernier semblait devoir l'emporter facilement.

Pour la petite histoire, Michael D Higgins connaît bien la Bretagne et plus particulièrement Lorient puisqu'il fut, pendant plusieurs années, conseiller municipal puis maire de Galway, la ville jumelle du port breton, et qu'à ce titre, il participa à plusieurs festivals interceltiques ; nommé en 1993 Ministre de la Culture, Michael D Higgins inaugura « l'Année de l'Imaginaire Irlandais » au Festival Interceltique de 1995 en présence notamment de Jean-Yves Le Drian.

Cette victoire annoncée semble désormais moins assurée depuis le week-end dernier puisque le Sinn Fein vient de désigner Martin MacGuinness comme candidat à l'élection présidentielle irlandaise. Cette candidature vient rebattre les cartes et l'élection du 27 octobre devient très ouverte, certains commentateurs évoquant même un vote record pour Martin MacGuinness, et ceci pour plusieurs raisons.

Ancien chef de l'état major de l'IRA, très proche de Gerry Adams, Martin MacGuinness est devenu le principal négociateur des accords de paix du Vendredi Saint ; ministre de l'éducation du gouvernement nord-irlandais, il en devient le vice-premier ministre jusqu'à ce jour. De façon générale, l'on s'accorde sur le rôle fondamental joué par Martin MacGuinness dans le processus de normalisation en Irlande du Nord.



Le parti républicain Sinn Fein diabolisé pendant des décennies en Irlande du Sud a, par son action dans les accords de paix, pu (re)devenir le premier parti nationaliste en Irlande du Nord et sortir de la marginalité en Irlande du Sud ; son succès aux élections générales de 2011 en est le signe le plus évident.

Le discours social et économique, à la gauche des travaillistes, du Sinn Fein, en dehors de la question nord-irlandaise, porte particulièrement en cette période de crise et notamment vers l'électorat habituel du Parti Travailliste ; de plus, l'effondrement du Fianna Fail, porte-parole historique du nationalisme irlandais, donne une nouvel espace électoral au Sinn Fein.

Ces différents éléments, la personnalité respectée de Martin MacGuinness, la dynamique électorale du Sinn Fein, l'effondrement du Fianna Fail et la crise économique, font que l'élection est loin d'être jouée. Crédité de 10% des voix aux législatives de 2011, le Sinn Fein en présentant Martin MacGuinness pense dépasser largement ce score et concurrencer sérieusement la candidature de Michael D Higgins. Par ailleurs, l'élection présidentielle représente aussi une occasion historique pour le Sinn Fein de mener une campagne sur l'ensemble du territoire de l’Irlande du Sud et de développer son implantation.

Reste à savoir si le Fianna Fail , vu cette nouvelle situation, décidera ou non de présenter un candidat dans le but essentiel de sauvegarder sa place de premier parti de l'opposition et de ne pas laisser le champ libre au Sinn Fein en République d'Irlande . Les candidats ont jusqu'au 28 septembre pour se déclarer.

(1) A noter que Mary Robinson fut faite Docteur Honoris Causa de l'Université de Haute-Bretagne Rennes 2


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