dimanche 30 octobre 2011

Écosse : la campagne pour l'indépendance est lancée


Petit coup de tonnerre ce dimanche dans le paysage politique écossais : un nouveau sondage place le soutien à l'indépendance à 34 %, soit 6 points de plus depuis le dernier sondage sur cette question, en mai dernier, à la veille des élections qui virent le succès historique du Scottish National Party (SNP) et l'avènement d'une majorité absolue nationaliste au Parlement écossais.

Certes, 34 % ne représente qu'un gros tiers de l'électorat écossais mais la tendance sur plusieurs années est clairement vers une augmentation du soutien à l'option indépendantiste, lentement mais gagnant chaque année, depuis 2008, un ou deux points par an. Alors que certains observateurs pensaient que l'élection d'un gouvernement SNP suffirait à certains secteurs de l'opinion, cette augmentation de 6 % depuis le mois de mai dernier semble au contraire conforter la stratégie d'Alex Salmond de mettre en place une politique pédagogique sur plusieurs années qui serait suivie par l'organisation d'un référendum.

En marge de la Convention du SNP organisée à Inverness du 20 au 23 octobre dernier, les journalistes présents ont pu assister à une présentation par le député Angus Robertson de la campagne que va lancer le SNP pour obtenir une majorité pour l'indépendance au prochain référendum. Considéré comme l'un des meilleurs stratèges politiques de tout le Royaume-Uni (1), Angus Robertson a véritablement « bluffé » son auditoire et les commentaires qui ont suivi dans la presse britannique étaient tout à fait éloquents jusqu'à lire dans The Guardian : « Dans 5 ans, il n'y aura plus d'union » (entre l'Angleterre et l'Écosse).

C'est lors de cette présentation que les observateurs ont constaté que le SNP était prêt à lancer cette grosse machine politique qui devrait aboutir à l'indépendance écossaise : tout est prévu, le financement, le quadrillage des circonscriptions, les slogans, etc. Angus Robertson a résumé cela en quatre phases : galvaniser et motiver les adhérents en organisant des réunions locales ouvertes aux sympathisants ; aller vers les partisans de l'indépendance qui ne sont dans aucun parti politique et vers ceux qui sont membres d'autres mouvements politiques, pour développer une collaboration au niveau local et national ; rencontrer les acteurs de la société écossaise pour les convaincre du bien-fondé de l'indépendance pour l'ensemble des secteurs sociaux, économiques, culturels, etc. ; enfin, un porte à porte généralisé dans toutes les villes, tous les villages dans chaque région pour convaincre un par un les électeurs.

Angus Robertson a, par ailleurs, présenté le document de campagne « Your Scotland, Your Future » qui s'appuie sur un site internet.

Cette préparation du SNP est d'autant plus remarquable que les partis unionistes se trouvent dans des situations difficiles sans leaders, sans stratégies et obligés de « courir après » le SNP, entrant ainsi dans le jeu indépendantiste.

Il n'en reste pas moins que le soutien pour l'indépendance n'est qu'à un niveau de 34 % et qu'il reste au minimum 17 % de l'électorat à encore convaincre. Alex Salmond et Angus Robertson semblent persuadés de pouvoir y arriver dans les deux années à venir.

(1) Le SNP est le seul parti politique du Royaume-Uni à disposer de puissants logiciels pointus et efficaces, Activate lui permettant des analyses extrêmement fines de l'électorat.

À lire une analyse intéressante The Twilight of the British State (Le crépuscule de l'État britannique)

vendredi 28 octobre 2011

Le travailliste Michael D. Higgins, 9e président de la République d'Irlande


Après une campagne âpre et ponctuée de rebondissements en tout genre, les électeurs irlandais ont choisi ce jeudi leur nouveau président, le travailliste Michael D. Higgins, avec 39,6 % des voix.

Viennent ensuite l'indépendant Seán Gallagher avec 28,5 % et Martin MacGuinness pour le Sinn Féin avec 13,7 %.

Favori jusqu'à lundi dernier, Seán Gallagher, entrepreneur et star de la TV irlandaise, a perdu son avantage lors du dernier débat télévisé lorsque Martin MacGuinness l'a accusé d'être l'un des rabatteurs financiers de l'ancien parti au pouvoir, le Fianna Fáil.

Martin MacGuinness permet au Sinn Féin de progresser de façon notable sur l'ensemble du territoire. Cette élection aura été un pas de plus vers une sorte de «normalisation» du parti républicain en Irlande du sud. Selon Maura Stewart de l'Université de Galway, «il était sans doute encore trop tôt pour qu'une majorité d'électeurs se prononce pour le “Sinn Féin”» et «il est probable que le parti républicain joue un rôle plus important lors des prochains scrutins». Martin MacGuinness a chaleureusement félicité le nouveau président en précisant qu'il «considérait Michael D. Higgins comme son président» (ce qui stricto sensu n'est pas encore possible administrativement du fait de la séparation entre les deux Irlande), confirmant ainsi la volonté du Sinn Féin d'être présent désormais des deux côtés de la frontière.

Michael D. Higgins est l'un des hommes politiques les plus connus en Irlande et apprécié quasi-unanimement. Ancien élu de Galway, Michael D. fut aussi ministre de la Culture et à ce titre a notamment soutenu la création de la chaîne de TV en gaélique TnG (devenue TG4). Ancien sénateur, M. Higgins était jusqu'à présent le président du Parti Travailliste (centre-gauche), revenu au pouvoir au printemps dernier, en alliance avec le Fine Gael (centre-droit libéral).

Plusieurs fois accueilli à Lorient, ville jumelée avec Galway, notamment durant le Festival Interceltique, Michael D. Higgins connaît bien Jean-Yves Le Drian, président du Conseil régional de la Bretagne administrative : verra-t-on une visite d'un président irlandais en Bretagne dans les prochaines années ? Le Festival Interceltique pourrait en être une étape appréciée...







samedi 22 octobre 2011

Alex Salmond, Premier ministre d'Écosse : « Notre but, c'est l'indépendance : construisons une nation qui reflète les valeurs de notre peuple »


Devant 2000 délégués du SNP (Scottish National Party), Alex Salmond a réaffirmé ce samedi après-midi à Inverness que l'indépendance était le but du SNP et du gouvernement écossais. Dans un discours fortement applaudi, le leader du SNP a souligné d'une part le sérieux et l'efficacité du gouvernement SNP notamment dans le domaine social et économique, d'autre part le droit inaliénable du peuple écossais à décider lui-même de son avenir.

Cette convention intervient après le succès électoral historique des nationalistes écossais en mai dernier qui leur permit d'obtenir la majorité absolue au Parlement écossais à Édimbourg. Cette victoire exceptionnelle s'est ressentie dans l'ambiance quelque peu euphorique qui règne à la convention d'Inverness depuis jeudi avec une forte participation des membres du SNP et la présence d'une vingtaine de délégations étrangères.

Conforté par les sondages qui, à la fois, le donnent comme l'homme politique écossais le plus populaire et soulignent un fort soutien au SNP, Alex Salmond semble avoir défini la stratégie à suivre pour amener l’Écosse vers l'indépendance : pariant sur l'efficacité de sa politique sociale et économique, le gouvernement nationaliste évite de précipiter l'organisation du referendum sur l'avenir de l’Écosse malgré les demandes répétées des partis unionistes et développe un discours pédagogique mettant l'accent sur les atouts écossais et les inconvénients de la situation actuelle.

Tout en privilégiant l'indépendance qui, dans l'esprit d'Alex Salmond, se comprend par la création d'un parlement totalement souverain tout en gardant le même chef d'état que l'Angleterre ainsi que la même monnaie, le SNP s'oriente vers un référendum basé sur 2 questions :

1/ pour l'indépendance et la création d'un Parlement souverain ;
2/ pour l'extension maximale des droits du Parlement écossais actuel (option dénommée « Devolution Max ») ;

ce qui, quel que soit le résultat du référendum, signifierait un très large renforcement des pouvoirs d’Édimbourg.

Face à cette stratégie, Londres sous la houlette du Premier ministre David Cameron, tente de fédérer les 3 partis unionistes (Conservateurs, Libéraux-Démocrates et Travaillistes) pour tenter de reprendre en main l'organisation du référendum en question en imposant une simple question « Pour l'indépendance, oui, non » afin d'éviter d'avoir à céder de nouveaux pouvoirs en cas de victoire du non. La stratégie particulièrement intelligente de l'équipe d'Alex Salmond est en train d'obliger à une certaine union sacrée londonienne qui ne fera qu'apporter des munitions aux nationalistes écossais.

C'est dans ce contexte que British Petroleum a annoncé, il y a quelques jours, sa décision d'investir fortement en Mer du Nord où, d'après la compagnie pétrolière, de nouvelles découvertes permettent de penser que les réserves pétrolières pourraient fournir du pétrole jusque dans les années 2050. Cette annonce a renforcé le discours nationaliste au grand dam de David Cameron qui allait répétant que sans pétrole, l’Écosse indépendante s'appauvrirait….

jeudi 6 octobre 2011

27 octobre, élection présidentielle irlandaise, trois candidats en tête

Demain jeudi 27 octobre se déroulera le scrutin pour l'élection présidentielle irlandaise et, depuis le dépôt des candidatures, le 28 septembre dernier, la campagne s'est amplifiée et s'est durcie au point que la presse irlandaise l'a qualifiée de « campagne la plus violente » qui ait jamais été organisée en République d'Irlande.

Sept candidats se présentent devant les électeurs irlandais : Gay Mitchell pour le Fine Gael (centre-droit libéral au pouvoir), Michael D. Higgins pour le Parti Travailliste, Martin MacGuinness soutenu par le Sinn Féin, et 4 indépendants, le sénateur David Norris, Mary Davis militante des droits des enfants et des handicapés, Séan Gallagher un entrepreneur, et Dana Rosemary Scallon chanteuse et ancienne députée européenne.

Les quatre semaines de campagne ont été émaillées de retournements, coups bas, révélations en tout genre qui ont donné un tour politique sinon politicien à un scrutin qui était resté jusqu'ici assez consensuel.



C'est ainsi que l'on apprit que le sénateur David Norris, protestant pratiquant et gay militant, avait utilisé des moyens illégaux pour aider ses compagnons successifs, que Dana Rosemary Scallon avait aussi la nationalité américaine ce qui posait problème pour cette élection, que Séan Gallagher avait le soutien en sous-main du Fianna Fail qui, pourtant, avait décidé de ne présenter aucun candidat, que la famille de Mary Davis aux USA avait subi des pressions sans qu'on ne sache lesquelles, etc.



Mais la controverse la plus violente et quasi-permanente se développa autour de la candidature de Martin MacGuinness qui aura subi des attaques de quasiment tous les autres candidats du fait de son appartenance dans le passé à l'IRA. Ce ne fut guère une surprise dans la mesure où la présence du Sinn Féin à cette élection bousculait les habitudes et obligeait les différents partis et candidats à sortir du discours habituel sur l'Irlande, la réunification, l'économie, le social sans parler de l'ambigüité présente depuis des dizaines d'année en République d'Irlande sur le rapport des Irlandais et de leurs représentants avec leur propre histoire.

Une anecdote assez parlante concernant un incident début octobre dans le comté de Cork : un universitaire connu était invité à ouvrir un salon littéraire par un bref discours qui porta finalement, non sur la littérature, mais sur le scandale que représentait à ses yeux la candidature de Martin MacGuinness : plusieurs participants lui firent alors remarquer qu'il manquait totalement de cohérence, lui qui avait présidé 15 jours auparavant une cérémonie à la mémoire de Michael Collins, le chef de l'IRA de la guerre d'indépendance… Autre anecdote : lors d'un débat télévisé rassemblant l'ensemble des candidats, Martin MacGuinness précisa que, s'il était élu, il se considérerait comme le président des 32 comtés (les 26 de la République plus les 6 de l'Irlande du Nord), remarque qui eut pour effet de mettre mal à l'aise et en porte à faux les 6 autres candidats. Par sa candidature, M. MacGuinness a fait réapparaître au grand jour des non-dits cachés dans les profondeurs de l'histoire irlandaise.



Suivant les sondages du début de semaine, trois candidats arrivent en tête : Séan Gallagher avec 35 à 40 % des voix, Michael D. Higgins avec 25 à 30 % et Martin MacGuinness avec 13 à 17 % des voix, les autres candidats étant à 10 % ou moins de 10 %.

Si les résultats se révèlent conformes aux sondages, Séan Gallagher serait élu président de la République d'Irlande, ce qui signifierait que le Fianna Fail, pourtant en pleine déroute, aurait réussi à faire élire un de ses proches. Du côté du Sinn Féin, tout pourcentage au-dessus de 10 % (son score aux élections générales du printemps 2011) sera analysé comme un progrès et, comme le faisait remarquer un journaliste dublinois, le Sinn Féin étant le seul parti capable actuellement en Irlande de se projeter sur les 15 ans à venir, ce progrès sera considéré par la direction du Sinn Féin comme une victoire pour l'implantation du parti républicain dans les 32 comtés.

Résultats vendredi.