vendredi 8 février 2013

De l’importance économique d’avoir une véritable TV pour la Bretagne


Sur ce dossier d’une TV pour la Bretagne, on connaît tous les arguments culturels et linguistiques qui à eux seuls justifient que notre pays dispose d’une vraie chaîne de télévision émettant sur l’ensemble de son territoire et donnant toute leur place aux langues de Bretagne.
Considérant l’importance de l’investissement et du coût de fonctionnement (entre 25 et 30 millions d’Euros annuels), il est tout aussi important de regarder la dimension économique du projet.

Emplois et entreprises
Quelque soit le modèle retenu (purement public, coopération entre public et chaînes locales), la création d’une telle chaîne aura un impact en termes de création d’emplois et d’entreprises. Sans espérer un effet à la galloise (2000 emplois directs et indirects, une centaine d’entreprises travaillant dans le secteur), il est sans doute prévisible de voir une embellie dans le petit monde de l’audiovisuel breton avec l’augmentation des besoins de la nouvelle chaîne. En ces temps économiques difficiles, il n’est donc pas inutile de rappeler qu’une TV pour la Bretagne est aussi une opportunité directe pour l’emploi et les entreprises.

L’image de la Bretagne
Une chaîne bretonne, c’est aussi mettre en images la Bretagne et ses habitants. Et dans ces images, il y a un fort potentiel économique. Faire connaître les atouts et les faiblesses de la Bretagne est aussi une façon d’intégrer les habitants à l’évolution économique et sociale de leur pays. En ce sens, les syndicats, les chambres de commerce, les chambres d’agriculture, etc. devraient être intéressés au premier chef par un tel projet. De même Produit en Bretagne devrait être un soutien important au projet.

Depuis une dizaine d’années, la fréquentation touristique en Bretagne est en baisse pour de nombreuses raisons. Cette TV permettra aussi en faisant connaître les différents aspects des pays bretons, d’encourager le tourisme de proximité interne à la Bretagne mais aussi de présenter une image moderne à l’extérieur. Le Comité régional du Tourisme, les Comités départementaux et locaux devraient eux aussi être demandeurs d’un tel support audiovisuel.

L’impact sur la vitalité culturelle
Les temps sont durs actuellement pour les acteurs de la culture bretonne et notamment pour le monde musical mais aussi littéraire, par exemple. En dehors des festivals, des fêtes plus ou moins locales, de certaines émissions sur quelques radios, quelques rares articles dans la presse quotidienne, la plupart de ces acteurs, des ces artistes, de ces écrivains, sont inconnus du grand public breton. Ce qui a un impact direct sur l’économie de leurs créations, sur leur vie économique tout court. Cette TV bretonne serait un atout formidable pour faire connaître tous ces créateurs et leur donner toute la place qu’ils méritent, leur permettant ainsi une meilleure respiration économique et sans doute une créativité renouvelée.

Dans le même ordre d’idée, les festivals bretons  auraient tout à gagner à l’existence d’une telle TV qui serait le medium idéal pour faire revivre tout au long de l’année la richesse de leurs programmations. Il semble assez difficilement acceptable que tant de créations originales n’aient pas l’occasion d’être diffusées vers un public plus large. Les exemples de chaînes comme BBC Alba, S4C ou TG4 montrent bien l’interactivité entre festivals et TVs et la richesse culturelle retransmise ainsi tout au long de l’année. L’apport économique pour les festivals ne serait pas négligeable et leur apporterait un impact complémentaire.

Cette TV bretonne, un projet pour l’ensemble de la société bretonne
Ce ne sont là que quelques éléments sur l’atout économique que représenterait la création d’une telle TV pour la Bretagne. Il ne s’agit plus ici de bricoler au sein du mini-microcosme de l’audiovisuel breton une solution bâtarde satisfaisant plus les besoins de quelques-uns que l’intérêt général.Il ne s’agit pas non plus de retomber dans le localisme qui peut certes apporter quelques éléments intéressants mais d’avoir un medium ayant une dimension bretonne et un rayon d’action sur les 5 départements. Il s’agit de construire une TV, une vraie avec des capacités de création, présente en hertzien, sur le satellite et sur internet, au service de l’ensemble de la société bretonne.

C’est pourquoi on aimerait voir tous ces responsables économiques, sociaux, culturels participer aux manifestations de demain à Brest, Nantes et Rennes. Sans parler des politiques qui, malheureusement, pour leur très grande majorité, n’ont toujours rien compris à l’intérêt d’une telle chaîne.

Pour toutes ces raisons, il est important d’être présent demain à 15h, devant les locaux de France 3, à Nantes, Brest et Rennes. C’est une première étape mais elle doit être significative et consistante comme dirait François Hollande ……


jeudi 7 février 2013

Une Télévision pour la Bretagne ! manifestations le 9 février.


Rassemblements le 9 février 2013
pour une télé publique bretonne bilingue
skritell_skinwel_bzgRDV à 15h devant les locaux de France 3 à Brest, Nantes et Rennes
 « Une chaîne humaine pour exiger une vraie chaîne de télé publique bilingue pour la Bretagne… comme en Corse ! »
Le projet de loi sur la décentralisation se met en place peu à peu. D’ici fin février, la direction de France 3, le Conseil Régional de Bretagne et l’Etat décideront de l’avenir du service public audiovisuel. En Bretagne, des voix s’élèvent pour réclamer une véritable chaîne de télévision publique bilingue, sur le modèle de Via Stella en Corse… Créée en 2006, celle-ci diffuse de nombreux programmes spécifiques à la vie locale et culturelle de l’île de Beauté. Pourquoi une telle chaîne, au service de la Bretagne et de ses habitants, ne pourrait-elle voir le jour chez nous ? Ce qui a été possible pour 300 000 Corses doit l’être pour 4,5 millions de Bretons !
C’est également une occasion majeure en ce qui concerne la langue bretonne, dont la place reste ridicule à l’écran (1h30 d’émission par semaine, et dont la Loire Atlantique est privée depuis 2002… à comparer avec les 168h hebdomadaires de catalan et de basque à la télé, ou même des 36h de gallois, ou des 28h de corse !) C’est aussi une possibilité pour donner sa place au gallo.
Cette nouvelle étape de la décentralisation est une chance à ne pas rater pour nous doter d’un outil moderne, essentiel à l’avenir de la langue bretonne, pour l’information et l’expression de l’ensemble de la société bretonne dans les domaines social, culturel, économique, politique sur les 5 départements bretons. Cette chaîne de télévision publique, largement ouverte à des partenariats avec les télévisions locales, les producteurs bretons mais aussi les autres médias, constituerait une avancée considérable. Elle est aujourd’hui à notre portée. A nous, Bretons, de nous mobiliser en force pour l’obtenir !
Nous voulons que cet événement soit à l’image de l’importante mobilisation de la société civile bretonne pour le droit à nos langues et culture, la décentralisation et la démocratie en Bretagne. Suite à la manifestation Deomp De’i de 12 000 personnes le 31 mars Mars 2012 à Quimper, et de 2000 personnes à Morlaix en décembre pour réclamer la réunification et plus de démocratie en Bretagne,  cette nouvelle initiative doit amplifier le mouvement, et nous souhaitons y associer tous ceux, citoyens, élus, associations, syndicats, partis politiques qui se sentent concernés et mesurent l’enjeu d’un tel média pour notre langue et pour la Bretagne.Soyons nombreux à relayer cet appel et à participer à cette chaîne humaine à Brest, Nantes et Rennes le 9 février prochain !skritell_skinwel_fr
Coordination pour une télévision bretonne :
Ai’ta ! – Kevre Breizh – 44=BZH – Bretagne Réunie
Brest (            06 31 18 17 71      ) – Nantes (            06 12 30 67 15      ) – Rennes (            06 59 31 38 63      )

La complainte de la télévision en Bretagne...Manifestons le 9 février à Nantes, Brest et Rennes !

mardi 5 février 2013

Richard III, Harri Tudor et… la Bretagne.


Toute la presse a, depuis hier, fait état de l’authentification du squelette retrouvé sous un parking de Leicester comme étant celui du roi d’Angleterre, Richard III. Malheureusement notre presse quotidienne « régionale » n’est guère allée plus loin que les informations générales sur le sujet. Et pourtant ce Richard III est un personnage d’importance pour l’histoire de la Bretagne.


La guerre des deux roses

Richard III d'Angleterre
Pendant près de 80 ans, une guerre plus ou moins larvée opposa les maisons royales de Lancastre et d’York (descendantes l’une et l’autre d’Edouard III) symbolisée chacune par une rose, rouge pour Lancastre, blanche pour York. Après de multiples péripéties, c’est Richard III d’York qui devient roi en 1483. Très affaibli par de nombreuses défaites et défections, l’avenir du parti lancastrien reposait depuis 1471 sur les épaules d’Harri Tudor, descendant d’une famille anglo-galloise, réfugié avec d’autres Lancastriens, auprès de François II, duc de Bretagne. Harri Tudor résida de nombreuses années au château d’Elven ainsi qu'à Vannes. En 1483, le jour de noël, Harri Tudor s’engage à la cathédrale de Rennes à épouser Elisabeth d’York et reçoit l’hommage des Lancastriens présents en Bretagne.

La Bretagne entre Harri Tudor et Richard III
François II de Bretagne fournit argent et équipements à Harri Tudor qui tente un débarquement en Angleterre mais c’est un échec et l’un de ses principaux soutiens, le duc de Buckingham, est exécuté. Pierre Landais, « premier ministre » de François II, qui veut développer les liens avec la couronne d’Angleterre dans le but de conforter l’indépendance bretonne, accepte la demande de Richard III d’Angleterre d’extrader Harri Tudor vers Londres mais celui-ci s’échappe à temps et se réfugie à Paris. Saisissant l’occasion, les Français fournissent à leur tour armes, équipements et argent au prétendant lancastrien pour une seconde expédition qui débarque à Mill Bay au pays de Galles.

Henry VII d'Angleterre

La fin des Plantagenets
Le 22 août 1485, Harri Tudor gagne la bataille de Bosworth durant laquelle Richard III est tué. Son corps est enterré à la sauvette dans la chapelle d’un couvent de Leicester, aujourd’hui disparu et remplacé par un parking sous lequel les restes de Richard III viennent d’être retrouvés. Le 18 janvier 1486, Harri Tudor, désormais Henry VII d’Angleterre, tient le serment de Rennes en épousant Elisabeth d’York. Cette union entre les deux partis sera symbolisée par la rose des Tudors, combinaison d’une rose rouge et d’une rose blanche. Durant les années qui suivront, l’Angleterre sera agitée par de nouvelles rebellions auxquelles devra faire face Henry VII et qui empêcheront l’Angleterre d’apporter toute l’aide nécessaire à la Bretagne en butte aux attaques françaises.


La Bretagne seule face à la France

François II de Bretagne
Le soutien anglais faisant défaut, la France entame ce qu’on nommera « les guerres d’indépendance » en envahissant le duché de Bretagne. Point d’orgue de ces guerres, la bataille de Saint-Aubin du Cormier où l’absence des alliés anglais fut fatale à l’armée bretonne (1). Seuls 440 archers de l’ile de Wight sous le commandement de Sir Edward Woodville, oncle d’Henry VII, vinrent soutenir les Bretons et furent tous tués par les soldats français (2).  L’une des conséquences de ce combat à mort entre Richard III et Henry VII fut donc la fin de l’indépendance bretonne, l’équilibre précaire maintenu par la diplomatie bretonne entre Angleterre et France se retrouvant annihilé par l’affaiblissement provisoire anglais.



(1)  Selon l’historien Jean-Jacques Monnier, la bataille de Saint-Aubin du Cormier fut extrêmement violente avec une moyenne de 2000 morts par heure…..
(2)  D’après Christopher Wilkins, le contingent anglais comportait par ailleurs 200 à 300 hommes supplémentaires qui avaient réussi à embarquer à Southampton pour la Bretagne sur un navire marchand breton.


Ci-dessus la plaque commémorant la mort des archers de Wight et de Sir Edward Woodville, au Carisbrooke Castle Museum, sur l’Ile de Wight.
NB : durant des siècles, les liens politiques et économiques ont été de première importance entre la Bretagne et l’Angleterre ; du fait de l’absorption de la Bretagne par l’espace français, tout ce pan de notre histoire a quasiment disparu de notre mémoire….
NB2:

La Chancellerie bretonne en ayant « sous la main » Harri Tudor avait une sorte de moyen de pression sur l’Angleterre, le but étant d’obtenir le mariage d’Anne de Bretagne avec le roi anglais Edouard V, alors âgé d’une douzaine d’années. Ce mariage aurait assuré une grande sécurité à la Bretagne. Le coup de force de Richard III qui détrône Edouard V et l’enferme à la tour de Londres a remis en question le plan breton, d’où sans doute le soutien de la Chancellerie à la première expédition d’Harri Tudor en représailles.

Suite à cette expédition avortée et devant ce nouveau danger, Richard III propose une alliance tri-partite comprenant l’Angleterre, Maximilien d’Autriche et la Bretagne, en contrepartie de laquelle Harri Tudor serait extradé vers Londres.
En réaction la France soutient la seconde expédition d’Harri Tudor pour se débarrasser de Richard III et pousse certains grands nobles bretons à faire un coup de force contre la chancellerie bretonne en s’emparant de Pierre Landais et en l’exécutant.
Sur cette séquence, la France a donc remporté 2 points sur 3.
Concernant le soutien limité des Anglais en 1488, cela vient plus des problèmes internes à l’Angleterre car l’indépendance de la Bretagne était d’une importance stratégique cruciale pour les Anglais.
La carte Maximilien d’Autriche sera de nouveau tentée par les Bretons lors du mariage par procuration d’Anne de Bretagne et de Maximilien d’Autriche.


A visiter

Pour ceux qui passent par la Cornouailles britannique, je conseille la visite du domaine de Cotehele, sur la rivière Tamar, à une demi-heure au nord-ouest de Plymouth. Ce magnifique manoir du XVème siècle a été construit par Sir Richard Edgcumbe dont l’histoire est assez représentative des liens entre Bretagne et Angleterre de cette époque. Lancastrien déclaré, Edgcumbe échappe de justesse à son arrestation en s’enfuyant à pied de son manoir jusqu’à la rivière Tamar où il trouve un bateau qui l’amène en Bretagne où il se réfugie auprès d’Harri Tudor qu’il suivra jusqu’à la bataille de Bosworth. Revenu à Cotehele, il fait de son manoir un splendide exemple de l’architecture tudorienne. En 1488, il retourne en Bretagne pour combattre aux côtés de l'armée bretonne et il est tué en 1489 près de Morlaix dans une escarmouche contre des soldats français . Mort « au service d’Anne de Bretagne » comme il est noté à Cotehele.

Manoir de Cotehele

A lire

Pour en savoir plus sur Sir Edward Woodville, voir « The Last Knight Errant: Sir Edward Woodville and the Age of Chivalry ». 

Pour se mettre dans l’ambiance, lire « les filles d’Albion » de Kate Sedley aux Editions 10/18, un thriller historique se déroulant à Londres à la veille de la prise de pouvoir de Richard III.


vendredi 1 février 2013

Une TV pour la Bretagne: le Conseil régional au pied du mur

S’il est un projet en Bretagne que l’on pourrait qualifier de « serpent de mer », c’est bien celui de la création d’une véritable télévision couvrant les 5 départements bretons. Constatant les limites des décrochages de France 3 sous le nom de France 3 Bretagne et de France 3 Ouest, la demande s’est faite petit à petit de plus en plus pressante, la comparaison notamment avec les autres pays celtiques soulignant le quasi-désert médiatique breton. Evoqué à moult reprises depuis 30 ans, faisant l’objet de colloques, débats et rencontres à n’en plus finir, d’actions diverses allant de la manifestation au refus de payer la redevance, ce projet d’une télévision pour la Bretagne est resté dans les cartons sans que rien ne se passe pendant des années. Il y eut un frémissement lors de la première campagne de Jean-Yves Le Drian pour les élections régionales de 1998 où l’on crut comprendre que la création d’une telle TV faisait partie de ses intentions.



Un paysage audiovisuel breton fragmenté.
 En 2000, divine surprise, une tv bretonne privée était lancée à Lorient sous la houlette de Patrick Le Lay et de Rozenn Milin et avec le soutien de Jean-Yves Le Drian. Sous l’impulsion de Rozenn Milin, TV Breizh se présente comme une déclinaison bretonne de la chaîne galloise S4C. Après des débuts prometteurs de 2000 à 2003 et ceci malgré les critiques habituelles des râleurs de service, TV Breizh va petit à petit dégénérer en une chaîne à séries sans ancrage breton, du fait de problèmes financiers et de son impossibilité à être diffusée en hertzien. Par ailleurs, des tvs locales se créent à partir de 1987 avec TV Rennes puis Tébéo, Ty Télé, TV Nantes, etc… Des choix différents sont faits par d’autres opérateurs qui se rabattent sur internet comme Armor Tv ou plus tard Brezhoweb.

 Les télévisions locales, LA solution ?
 Face à cette situation, Sylvie Robert, vice-présidente du Conseil régional, décide de privilégier les télévisions privées locales en créant une unité de production régionale regroupant Tébéo, Ty Télé et TV Rennes, financée principalement par le Conseil régional, dans le but de pousser aux co-productions et à la couverture en commun d’évènements ainsi qu’à la création de programmes en langue bretonne. Le résultat est resté très modeste. Ce choix délibéré de Sylvie Robert, devenue depuis présidente de TV Rennes, a eu aussi pour conséquence de mettre sous le boisseau toute discussion sur la création éventuelle d’une TV publique régionale pendant plusieurs années.
Des exemples probants. Et pendant ce temps-là, de nouvelles chaînes apparaissent en Irlande avec TG4 (1996) ou en Ecosse avec BBC Alba (2008) ou bien encore Via Stella (Corse) (2006). Ces différentes créations alimentent les réflexions en Bretagne et apportent des exemples probants pour les tenants de la création d’une TV pour la Bretagne. Curieusement, une partie du petit monde de l’audiovisuel breton semble prendre ombrage de ces exemples et met en avant la diffusion numérique ou le manque de programmes pour expliquer de façon assez tarabiscotée qu’une TV genre BBC Alba ou Via Stella est dépassée et inutile en Bretagne. Argument assez curieux dans la mesure où, si l’on prend BBC Alba, il s’agit d’un concept global comprenant une chaîne TV diffusée gratuitement en hertzien, une chaîne de radio et un site internet.
Ainsi il serait assez étrange que la Bretagne soit la seule région européenne qui n’aurait pas l’utilité d’une chaîne publique diffusant sur l’ensemble de son territoire…… A croire que les intérêts de certains les poussent à refuser ce nouveau media dans la crainte de voir s’amenuiser subventions et marchés publicitaires….. Sans parler bien entendu des jacobins de service plus prompts à mettre en avant les initiatives « locales » qu’un projet véritablement régional.
Enfin, le réveil des politiques ou… de certains politiques. L’état des lieux notamment linguistique devenant de plus en plus sombre, de nouveaux élus de la majorité du Conseil régional, comme Jean-Michel Le Boulanger ou Lena Louarn, appuyés en cela par les élus UDB comme Christian Guyonvarc’h (voir à ce sujet, le numéro de décembre 2012 du « Peuple Breton »), constatent l’urgence de mettre en place de nouveaux outils pour éviter, selon la désormais célèbre formule de JM Le Boulanger, que « la Bretagne en 2032 ne se résume à un autocollant sur l’arrière des voitures ». Or parmi ces outils, l’audiovisuel est incontournable tant économiquement que culturellement ou linguistiquement. C’est ainsi que le Conseil régional a émis un vœu, il y a quelques semaines, pour qu’une discussion s’ouvre avec France 3 sur l’éventualité de la mise en place d’une chaîne régionale sur le modèle de Via Stella ; c’est ainsi que sous l’impulsion de Paul Molac, nouveau député de Ploërmel et ancien président du Conseil Culturel de Bretagne, 24 parlementaires des 5 départements bretons ont sollicité la ministre de la culture, Aurore Filipetti, pour la mise en place d’une telle chaîne.

3 options pour le Conseil régional
 Les réflexions et les consultations du monde de l’audiovisuel progressant au sein du Conseil régional, 3 options se présentent désormais pour les élus régionaux (soit dit en passant quelle part la Loire-Atlantique joue-t-elle dans cette réflexion …. ?) :

 - Celle présentée par les télévisions locales privées prônant une coopération renforcée entre elles sous l’appellation de TéléS Bretagne. Grosso-modo, il s’agirait de conforter la collaboration et la co-production entre les télévisions locales en dégageant des plages horaires communes. Pourquoi pas ? Mais le modèle économique des ces chaînes reste très fragile limitant fortement toute ambition. L’unité régionale de production est d’ailleurs entièrement financée par le Conseil régional. En ce qui concerne le contenu, il y a très peu de créations et les quelques programmes en breton sont eux aussi entièrement financés par la Région. Sans parler de l’impact qui reste marginal par rapport à France 3. La Loire-Atlantique est totalement absente de ce projet. En revanche, une collaboration ou une complémentarité avec France 3 est évoquée. Il y a très certainement la place pour un réseau de TVs locales privées en Bretagne mais cela ne répond pas à la demande d’un vrai service public de l’audiovisuel sur les 5 départements. Ce pourrait être en fait un projet complémentaire.

 - Celle présentée par Films en Bretagne axée sur la diffusion internet Cet organisme de promotion de l’audiovisuel en Bretagne propose la création d’un site internet pour la diffusion et la rediffusion de programmes produits par les différentes tvs On peut s’interroger sur la légalité et l’économie de cette proposition : quid des droits ? De plus, les TVs qu’elles soient locales ou France 3, sont en train de développer leur présence sur le net. Par ailleurs aucune place particulière n’est donnée aux langues de Bretagne. Enfin, un tel site ne sera jamais considéré comme une TV par la très grande majorité de la population. Cette option est celle d’un portail ou d’une plateforme numérique qui aurait son utilité mais qui, là non plus, ne répond pas aux besoins d’une tv régionale publique.

- Celle présentée par France 3 Bretagne Il s’agirait de la mise en place d’une Via Stella bretonne sur la TNT avec du contenu produit par France 3 Bretagne et des co-productions avec les TVs locales bretonnes, accompagnée d’une montée en puissance de la présence sur internet. L’outil France 3 est déjà présent et très connu des spectateurs et sa capacité de production est sous-utilisée. Là réside sans doute la meilleure chance de développer une véritable chaîne régionale publique. Se pose bien évidemment la question de son financement : des pistes ont été évoquées notamment dans le courrier de Paul Molac qui a noté que la création d’une chaîne comparable par exemple à BBC Alba coûterait moins cher que le fonctionnement actuel de France 3 Ouest et ne représentait qu’une portion mineure (26 millions d’Euros) sur la totalité de la redevance payée par les Bretons (125 millions d’Euros).Pour être tout à fait précis, selon le document de France 3, le coût de France 3 Bretagne ( et non plus Ouest) serait d’un peu moins de 18 millions d’Euros. A priori, le ministère en charge de l’audiovisuel à Paris est tout sauf enthousiaste à l’idée de rétrocéder une partie du montant de la redevance collectée en Bretagne….. Par ailleurs, France 3 manque de clarté concernant la place des langues de Bretagne dans ce projet, indiquant que ça dépendrait de ce que financerait le Conseil régional, ce qui est difficilement acceptable. Le deal doit être global et le cahier des charges comprendre dès la création une place définie pour les émissions en langues de Bretagne. Sans parler de la question de la Loire-Atlantique qui n’est pas clairement traitée. Enfin et ceci n’est pas le plus petit obstacle, une partie non négligeable des élus régionaux craint que la création d’une telle chaîne ne fasse de l’ombre aux tvs privées locales que le Conseil régional finance par ailleurs. Sans parler de l’hostilité sous-jacente des deux mastodontes de la presse bretonne, Le Télégramme et Ouest-France, qui n’ont guère envie de partager le gâteau publicitaire. Mais c’est sans aucun doute l’option la plus réaliste pour obtenir la TV attendue depuis si longtemps.

D’où la nécessité de se mobiliser le 9 février Rozenn Milin se plaisait à rapporter les propos de Patrick Devedjian, alors ministre ; » les Bretons souhaitent une télévision….. Qu’ils fassent du bruit et ils l’obtiendront ! ». Paris ( la direction de France 3, le ministère de la culture) ne lâchera pas une partie de sa redevance juste pour nous faire plaisir. C’est notre mobilisation sur le sujet qui peut motiver les élus bretons et les pousser à se mouiller pour obtenir, arracher plutôt, cette tv bretonne. Le samedi 9 février, à 15h, se tiendront des manifestations pour une télévision pour la Bretagne devant les locaux de France 3 à Rennes, à Nantes et à Brest . Il est important d’y participer nombreux car France 3 et le Conseil régional doivent comprendre qu’il y a une véritable attente pour un projet ambitieux à la hauteur d’un pays de 4,5 millions d’habitants.

Le Conseil régional est au pied du mur : c’est à lui de faire pression sur le gouvernement pour obtenir cette chaîne. C’est à chacun d’entre nous de lui faire comprendre l’urgence et l’importance de cette création pour l’avenir économique, culturel, linguistique de la Bretagne.