mardi 5 février 2013

Richard III, Harri Tudor et… la Bretagne.


Toute la presse a, depuis hier, fait état de l’authentification du squelette retrouvé sous un parking de Leicester comme étant celui du roi d’Angleterre, Richard III. Malheureusement notre presse quotidienne « régionale » n’est guère allée plus loin que les informations générales sur le sujet. Et pourtant ce Richard III est un personnage d’importance pour l’histoire de la Bretagne.


La guerre des deux roses

Richard III d'Angleterre
Pendant près de 80 ans, une guerre plus ou moins larvée opposa les maisons royales de Lancastre et d’York (descendantes l’une et l’autre d’Edouard III) symbolisée chacune par une rose, rouge pour Lancastre, blanche pour York. Après de multiples péripéties, c’est Richard III d’York qui devient roi en 1483. Très affaibli par de nombreuses défaites et défections, l’avenir du parti lancastrien reposait depuis 1471 sur les épaules d’Harri Tudor, descendant d’une famille anglo-galloise, réfugié avec d’autres Lancastriens, auprès de François II, duc de Bretagne. Harri Tudor résida de nombreuses années au château d’Elven ainsi qu'à Vannes. En 1483, le jour de noël, Harri Tudor s’engage à la cathédrale de Rennes à épouser Elisabeth d’York et reçoit l’hommage des Lancastriens présents en Bretagne.

La Bretagne entre Harri Tudor et Richard III
François II de Bretagne fournit argent et équipements à Harri Tudor qui tente un débarquement en Angleterre mais c’est un échec et l’un de ses principaux soutiens, le duc de Buckingham, est exécuté. Pierre Landais, « premier ministre » de François II, qui veut développer les liens avec la couronne d’Angleterre dans le but de conforter l’indépendance bretonne, accepte la demande de Richard III d’Angleterre d’extrader Harri Tudor vers Londres mais celui-ci s’échappe à temps et se réfugie à Paris. Saisissant l’occasion, les Français fournissent à leur tour armes, équipements et argent au prétendant lancastrien pour une seconde expédition qui débarque à Mill Bay au pays de Galles.

Henry VII d'Angleterre

La fin des Plantagenets
Le 22 août 1485, Harri Tudor gagne la bataille de Bosworth durant laquelle Richard III est tué. Son corps est enterré à la sauvette dans la chapelle d’un couvent de Leicester, aujourd’hui disparu et remplacé par un parking sous lequel les restes de Richard III viennent d’être retrouvés. Le 18 janvier 1486, Harri Tudor, désormais Henry VII d’Angleterre, tient le serment de Rennes en épousant Elisabeth d’York. Cette union entre les deux partis sera symbolisée par la rose des Tudors, combinaison d’une rose rouge et d’une rose blanche. Durant les années qui suivront, l’Angleterre sera agitée par de nouvelles rebellions auxquelles devra faire face Henry VII et qui empêcheront l’Angleterre d’apporter toute l’aide nécessaire à la Bretagne en butte aux attaques françaises.


La Bretagne seule face à la France

François II de Bretagne
Le soutien anglais faisant défaut, la France entame ce qu’on nommera « les guerres d’indépendance » en envahissant le duché de Bretagne. Point d’orgue de ces guerres, la bataille de Saint-Aubin du Cormier où l’absence des alliés anglais fut fatale à l’armée bretonne (1). Seuls 440 archers de l’ile de Wight sous le commandement de Sir Edward Woodville, oncle d’Henry VII, vinrent soutenir les Bretons et furent tous tués par les soldats français (2).  L’une des conséquences de ce combat à mort entre Richard III et Henry VII fut donc la fin de l’indépendance bretonne, l’équilibre précaire maintenu par la diplomatie bretonne entre Angleterre et France se retrouvant annihilé par l’affaiblissement provisoire anglais.



(1)  Selon l’historien Jean-Jacques Monnier, la bataille de Saint-Aubin du Cormier fut extrêmement violente avec une moyenne de 2000 morts par heure…..
(2)  D’après Christopher Wilkins, le contingent anglais comportait par ailleurs 200 à 300 hommes supplémentaires qui avaient réussi à embarquer à Southampton pour la Bretagne sur un navire marchand breton.


Ci-dessus la plaque commémorant la mort des archers de Wight et de Sir Edward Woodville, au Carisbrooke Castle Museum, sur l’Ile de Wight.
NB : durant des siècles, les liens politiques et économiques ont été de première importance entre la Bretagne et l’Angleterre ; du fait de l’absorption de la Bretagne par l’espace français, tout ce pan de notre histoire a quasiment disparu de notre mémoire….
NB2:

La Chancellerie bretonne en ayant « sous la main » Harri Tudor avait une sorte de moyen de pression sur l’Angleterre, le but étant d’obtenir le mariage d’Anne de Bretagne avec le roi anglais Edouard V, alors âgé d’une douzaine d’années. Ce mariage aurait assuré une grande sécurité à la Bretagne. Le coup de force de Richard III qui détrône Edouard V et l’enferme à la tour de Londres a remis en question le plan breton, d’où sans doute le soutien de la Chancellerie à la première expédition d’Harri Tudor en représailles.

Suite à cette expédition avortée et devant ce nouveau danger, Richard III propose une alliance tri-partite comprenant l’Angleterre, Maximilien d’Autriche et la Bretagne, en contrepartie de laquelle Harri Tudor serait extradé vers Londres.
En réaction la France soutient la seconde expédition d’Harri Tudor pour se débarrasser de Richard III et pousse certains grands nobles bretons à faire un coup de force contre la chancellerie bretonne en s’emparant de Pierre Landais et en l’exécutant.
Sur cette séquence, la France a donc remporté 2 points sur 3.
Concernant le soutien limité des Anglais en 1488, cela vient plus des problèmes internes à l’Angleterre car l’indépendance de la Bretagne était d’une importance stratégique cruciale pour les Anglais.
La carte Maximilien d’Autriche sera de nouveau tentée par les Bretons lors du mariage par procuration d’Anne de Bretagne et de Maximilien d’Autriche.


A visiter

Pour ceux qui passent par la Cornouailles britannique, je conseille la visite du domaine de Cotehele, sur la rivière Tamar, à une demi-heure au nord-ouest de Plymouth. Ce magnifique manoir du XVème siècle a été construit par Sir Richard Edgcumbe dont l’histoire est assez représentative des liens entre Bretagne et Angleterre de cette époque. Lancastrien déclaré, Edgcumbe échappe de justesse à son arrestation en s’enfuyant à pied de son manoir jusqu’à la rivière Tamar où il trouve un bateau qui l’amène en Bretagne où il se réfugie auprès d’Harri Tudor qu’il suivra jusqu’à la bataille de Bosworth. Revenu à Cotehele, il fait de son manoir un splendide exemple de l’architecture tudorienne. En 1488, il retourne en Bretagne pour combattre aux côtés de l'armée bretonne et il est tué en 1489 près de Morlaix dans une escarmouche contre des soldats français . Mort « au service d’Anne de Bretagne » comme il est noté à Cotehele.

Manoir de Cotehele

A lire

Pour en savoir plus sur Sir Edward Woodville, voir « The Last Knight Errant: Sir Edward Woodville and the Age of Chivalry ». 

Pour se mettre dans l’ambiance, lire « les filles d’Albion » de Kate Sedley aux Editions 10/18, un thriller historique se déroulant à Londres à la veille de la prise de pouvoir de Richard III.


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