samedi 20 juin 2015

Napoléon Bonaparte, ce mauvais génie français.....

Des troupes écossaises lors de la reconstitution de la bataille de Waterloo en 2015.


Nous voilà donc deux cents ans après la bataille de Waterloo qui vit la fin de l'aventure napoléonienne, aventure qui aura coûté en 20 ans entre 2,5 et 3,5 millions de morts à travers l'Europe ( soit proportionnellement l'équivalent de nos jours entre 12 et 16 millions de morts...) .

Je ne vais pas revenir sur le déroulement de cette journée décisive pour l'Europe mais plutôt partager quelques réflexions sur ce phénomène "Napoléon" qui n'en finit pas de faire parler de lui et qui aura marqué de façon profonde la mentalité française.

"Dictateur ? oui mais ...."

L'autre samedi, nous nous promenions à Concarneau dans le village partenaires de la course du Figaro et sur le stand justement du Figaro, le vendeur haranguait le chaland  pour vendre Le Figaro-magazine de la semaine consacré d'un côté à Concarneau et à la Cornouaille et de l'autre à Napoléon. Ayant décliné son offre du fait de la présence du "petit Caporal", le vendeur de dire "Oui, c'est vrai, c'était un dictateur mais il a fait le Code Napoléon" .....

Jeudi dernier, dans une interview donnée à BFMtv, Jean-Yves Le Drian se trouve bien ennuyé pour parler de Napoléon tout en soulignant ce qu'il a apporté à la législation et à l'état. Voir ici son interview. .

Autre exemple de cette attitude mi-gênée, mi-admirative, Laurent Joffrin, directeur de Libération, ce jeudi matin sur Radio Classique, qui dénonce en Napoléon le dictateur pour dire quelques minutes plus tard que ce Napoléon était quand même dans le camp des "progressistes" ..... Fermez le ban !

Ce ne sont que 3 exemples de réactions qu'ont la plupart des Français quand on leur parle de Napoléon. Une ambiguïté teintée d'admiration et de gêne tout à la fois .

Louis XIV, Napoléon, Jules Ferry, même combat !

C'est que le Corse est entré dans la mythologie nationale française aux côtés d'un Louis XIV ou d'un Jules Ferry, personnages qui incarnent "l'Etat" , "L'Etat" en France , c'est quasiment "l'Etre suprême" de Robespierre, tout au service de l'Etat, chacun au service de l'Etat, de sa gloire, de sa puissance. Que Louis XIV ait été un véritable despote qui a porté la guerre au nord, au sud, à l'ouest et à l'est de son royaume tout en le ruinant, pas grave..... Que Napoléon ait mis l'Europe à feu et à sang, pas important..... Que Jules Ferry ait été un thuriféraire de la colonisation, ce n'est qu'un détail ..... Seule compte la grandeur de la France.

Nous payons encore et toujours cet état d'esprit de nos jours au prix d'une démocratie en grande partie théorique bien loin des démocraties réelles que l'on trouve dans d'autres pays européens. Les exemples ne manquent pas dans les quelques années passées où l'on constate que le citoyen ne compte pas vraiment, que les corps intermédiaires restent faibles, que les contre-pouvoirs sont quasi-inexistants. En résumé, l'Etat créé et conforté par des hommes comme Louis XIV , Napoléon ou Jules Ferry perdure avec ses centres de décision hyper-centralisés où la mentalité "au service de l'Etat" prédomine toujours alors que ce devrait être "l'Etat au service des citoyens"....

Et la Bretagne dans tout ça ?

Eh bien, il est bon de rappeler que les Bretons, en tout cas une partie d'entre eux, face à ces absolutismes qu'ils soient royaux, impériaux ou républicains, se sont montrés souvent de "mauvais citoyens" renâclant face aux décisions de ces pouvoirs entrant en conflit avec les réalités économiques, sociales, culturelles ou linguistiques vécues en Bretagne. On pourrait résumer par une formule du genre "des Bonnets rouges de 1675 aux Bonnets rouges de 2013", une sorte de rébellion rampante qui aura valu à ces Bretons d'être régulièrement réprimés ou voués aux gémonies par la pensée dominante ( bande d'arriérés, de chouans, de ploucs, de nazis, de suppôts du grand capital et de l'Europe, au choix suivant les différentes périodes considérées...) .

Pour en revenir à Napoléon

Dictateur, il fut, dictateur il reste malgré ci ou malgré ça . Comme pour d'autres personnages dictatoriaux, "on" lui trouve des choses positives , le "Code Napoléon" par exemple, comme pour Mussolini l'assèchement des marais du Pô, Hitler les autoroutes, etc etc... Du point de vue français "officiel", c'est la mise sur pied d'un état fort qui reste le point positif de ce dictateur militaire et en cela, il est le digne continuateur d'un Louis XIV ou d'un Richelieu. Arrivé au pouvoir sous la menace des armes, Napoléon a fait de la France une sorte de caserne dotée d'un système de gestion très organisé et au service d'un petit nombre de gens concentré à Paris. L'Etat français actuel en a hérité son système administratif et une vision peu démocratique des choses. Heureusement, la Bretagne continue à rejeter consciemment ou inconsciemment ce carcan jacobin bonapartiste mortifère, et la construction européenne et la globalisation affaiblissent ce "modèle" . Il est grand temps que nous nous débarrassions enfin de cet héritage malsain qui s'est imposé au fil des siècles. Et que l'on ne croit pas que les choses aient véritablement changées: il suffit de voir le sort réservé à nos langues, la partition de notre territoire.....

Pour conclure

Pour conclure ce billet d'humeur, 4 points :

- le 24 décembre 1800, Cadoudal a failli mettre un terme à la carrière du dictateur Bonaparte lors de l'attentat de la rue Sainte-Nicaise, ce qui aurait sans doute évité la série de désastres humains qui suivit durant 15 ans. .

- le 10 juin 1815, soit 8 jours avant Waterloo, près de 10000 hommes dont les collégiens de Vannes, battent les Impériaux à Muzillac.

- le 18 juin 1815, les Impériaux de Napoléon sont battus à Waterloo par les Anglo-Brittaniques et les Prussiens. Les Britanniques sont sous le commandement du Duc de Wellington dont le  nom est Arthur Wellesley. Né à Dublin (où se trouve actuellement le Merrion Hotel pour ceux qui connaissent la capitale irlandaise) , il est issu d'une famille de la gentry anglo-irlandaise implantée à Trim dans le comté de Meath, au nord de Dublin. Ses troupes à Waterloo sont composées de près d'un tiers d'Irlandais, le reste regroupant Écossais, Gallois et Anglais. Bien que profondément conservateur, Wellesley s'opposa à la dissolution du Parlement d'Irlande en 1801 et aux lois discriminant les catholiques. Ami de Daniel O'Connell, le "Libérateur", il fait voter en 1829 la Loi d’Émancipation qui redonne une grande partie de leurs droits aux catholiques irlandais et britanniques .

- les 6 et 7 juin derniers, Pontivy a fêté Napoléon .... Quand le ridicule et l'inculture se conjuguent, ça donne ce genre d’événements.... Juste pour mémoire, Napoléon a transformé Pontivy en place-forte militaire pour mâter ces rebelles de Bretons et 200 ans plus tard, on fête le dictateur sans ne rien mettre en perspective historique.... Pitoyable.....


1 commentaire:

Jean Bercart a dit…

Le formatage des esprits , le manque de sens critique, la méconnaissance des autres pays, le nombrilisme culturel, le rejet de l'altérité..... font partie de l'héritage français napoléonien aussi.