jeudi 9 juillet 2015

Quimper. Michel Marion, l'armateur du XVe siècle, a mérité sa statue.



Article paru dans Ouest-France, 9 juillet 2015, par Ronan Gorgiard.

Commerçant et armateur du XVe siècle, Michel Marion arma une flotte pour libérer Nantes, encerclée par les Français. Il laissa sa vie dans la bataille. Trois associations souhaitent lui rendre hommage.

Si les jeunes Bretons qui viennent de passer le bac sont souvent incollables en matière d'Histoire de France, ils ignorent presque tout de l'Histoire de la Bretagne. Ainsi combien de Quimpérois connaissent-ils la vie de Michel Marion ? Trois associations différentes, Ti ar Vro (qui regroupe les associations dédiées à la culture bretonne), le Lougre de l'Odet et l'équipe de la revue "Manoirs et Châteaux des pays de Bretagne" ont décidé de lui rendre hommage en proposant à la ville de Quimper de lui consacrer une statue sur les bords de l'Odet, place du Stivell.

Libérateur du Duc de Bretagne

"Michel Marion, expliquent Gweltaz ar Fur et Jean-Marc Sochard (qui écrit un ouvrage sur le sujet) est né en 1450 à Quimper. C'était un riche commerçant , armateur et receveur d'impôts pour le duc. A uen époque où un dicton disait Bretagne est Pérou pour la France . Ce qui soulignait la richesse du pays.Penmarc'h ou Loctudy étaient de grands ports marchands.On exportait du lin et du sel, on importait du vin de Bordeaux."

Ce sont des temps agités. En 1487, le roi de France convoite ce riche pays et les Français font le siège de Nantes où François II, le père d'Anne de Bretagne, est bloqué. "Michel Marion décide alors de vendre toute sa flotte sauf une caraque, sort de caravelle, à l'image de celles de Christophe Colomb, qu'il arme en guerre, avec une centaine d'hommes à bord. Et pourtant, le navire faisait à peine 5 mètres de plus que le lougre Corentin actuel". Il utilise aussi son argent pour monter une véritable flotte bretonne (notamment avec le Morlaisien Jehan de Coatanlem), ce qui représente une soixantaine de bateaux. Et c'est par un stratagème (il transforme son bateau à l'image d'une des îles de la Loire et arrive par surprise) qu'il casse le siège de la ville. Mais, par contre, il y laisse la vie.

Pourquoi l'hommage ?

Anne de Bretagne, reconnaissante, dotera la fille de Michel Marion de près de 3000 livres. Son père possédait déjà le manoir de Penanguer, au pied de la colline de Penhars, à Quimper, ainsi que le manoir de Kerhuel, à Plonéour-Lanvern. Une rue de Quimper allant de la rue de Penanguer au chemin de halage et à l'Odet porte son nom.

Les Français, eux, ne lâcheront pas l'affaire puisque l'année suivante, ils débarquent avec une armée de 50 000 hommes (1) (c'est colossal à l"époque) et bousculent les Bretons à Saint-Aubin du Cormier laissant 6000 morts sur le carreau.

"Nous avons souhaité cet hommage pour plusieurs raisons, expliquent Gweltaz ar Fur et Jacques-Yves Le Touze, d'abord  parce qu'il est important via cette statue de marquer le paysage de notre propre histoire. La statue pourrait être mise en place dans le cadre du réaménagement de la place du Stivell. Ensuite, parce que le Lougre est jumelé avec le Greyhound, un bateau repratiquant du cabotage à la voile et qu'il nous semble intéressant de faire , de cette manière, revivre le port du Corniguel à Quimper à l'heure où sa gestion doit revenir à la ville".

Bien entendu, il sera également fait appel à mécènes et sponsors, sans oublier le crowfunding.

(1) le nombre de 50 000 hommes représente la totalité des armées françaises présentes en Bretagne; il y avait entre 16 et 18 000 hommes côté français à la bataille de Saint-Aubin du Cormier.

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