lundi 17 août 2015

Pour prolonger le Festival interceltique, des artistes cornouaillais et manxois à voir jusqu'au 6 septembre à Lorient.

La Galerie du Faouëdic à Lorient propose jusqu'au 6 septembre, du mercredi au dimanche, de 14h à 19h, une exposition montée conjointement par la Cornouailles et l’Île de Man , "Celtic Myths and Legends, past and present", dans la cadre du Festival interceltique.

8 artistes , 4 de chaque pays, exposent leur vision toute personnelle des mythes et légendes passés et actuels de Cornouailles et de Man.

3 artistes ont plus particulièrement attiré mon attention.

En premier lieu, Julie Roberts, manxoise, qui présente une série de dessins autour de la mythologie de son île, tout à fait réussis.


Aonbharr  


Mannanin, le dieu de la mer qui donna son nom à l'Ile de Man.


Dans un style tout à fait différent, le cornouaillais Leo Sharpe propose une série de photos époustouflantes de skaters dans des sites extraordinaires illustrant ainsi une nouvelle pratique mythique si l'on peut dire. Tout à fait étonnant.


A noter une installation du l'artiste cornouaillais James Eddy.


Catalogue bien fait à disposition gratuitement des visiteurs, catalogue multilingue présentant les artistes en anglais, cornouaillais, manxois, français ...... et .... ben non, rien en breton ....... Que voilà une faute de goût .....

A voir jusqu'au 6 septembre.

samedi 15 août 2015

Musique bretonne : à quand un véritable centre d'interprétation ? Ça urge !

Dans le monde de la culture, de la langue, de la musique bretonnes, qui ne connait pas Alan Le Buhé? Ce sonneur depuis l'âge de 9 ans, fondateur des bagadoù de Carnac et de Locoal-Mendon, devenu président de Bodadeg ar Sonerion de 1991 à 1998, vous pouvez le rencontrer régulièrement ici ou là avec son impressionnante exposition de cornemuses et de bombardes de Bretagne et d'ailleurs.



Car , Alan Le Buhé est le créateur en 2009 de l'association Dasson an Awel qui s'est donné pour but de promouvoir et d'expliquer ces instruments bretons mais aussi universels que sont la cornemuse et la bombarde. Grâce aux dons de particuliers et de collectionneurs, Dasson an Awel possède désormais près de 120 instruments de Bretagne, d'Europe et d'au-delà.

C'est au rez-de-chaussée du Palais des Congrès de Lorient qu'Alan Le Buhé a expliqué pendant dix jours  de FIL  aux nombreux visiteurs tous les secrets et petites et grandes histoires de ces instruments.

Au détour de la conversation, c'est ainsi que j'ai appris la fermeture en 2005 du Musée national des Arts Populaires de Paris ( ce qui m'avait échappé ...) et dont toutes les collections se retrouvent au MUCEM (Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée) de Marseille... Problème, les collections de cornemuses se trouvent donc désormais dans les réserves du dit MUCEM , dont la collection d'Yves Moreau de Bellaing, fils du capitaine Léopold de Bellaing, officier du 73e régiment d’infanterie de Guingamp pendant la première guerre mondiale  célèbre pour sa "clique" de binious-bombardes..... Tout ça enterré à 1000 kms de la Bretagne ...

Dans le même genre lamentable mais plus près de nous puisqu'une collection de cornemuses séjourne dans les caves du Musée de Brest... Cette collection rassemblée par Polig Monjarret à l'époque du Festival des Cornemuses qui se tenait alors à Brest, appartient à la Ville de Brest depuis les années 60 mais semble enterrée ad vitam aeternam dans les sous-sols du musée en attendant sans doute sa transformation en poussières ..

Et j'en viens donc au sujet principal de ces quelques lignes, l'absence surprenante et de mon point de vue tout à fait regrettable, de lieu consacré à l'histoire et l'actualité de la musique bretonne. Tout le monde, vraiment tout le monde se félicite du dynamisme de la musique bretonne, chacun souligne l'existence de dizaines de festivals et fêtes qui émaillent l'été breton, les uns et les autres louent la vitalité associative, le nombre de bagadoù, de groupes musicaux, etc... Notre musique est utilisée pour la promotion de la Bretagne, dans les clips de telle ou telle marque, etc. Bref, unanimité autour de cette richesse musicale qui est la nôtre. Mais, alors comment se fait-il qu'il n'y ait aucun lieu ouvert au grand public où tout un chacun, écolier ou touriste, pourrait comprendre l'histoire de cette musique, découvrir chaque instrument, suivre l'actualité de notre musique, bref un véritable centre d'interprétation qui pourrait d'un côté exposer les collections dont nous avons parlé plus haut, et d'un autre côté offrir en utilisant les dernières technologies une découverte interactive de notre musique , de nos instruments, de nos musiciens.

On ne peut pas continuer à se gargariser régulièrement du "succès" de la culture bretonne sans donner les moyens de la mieux faire connaître tant aux habitants des cinq départements qu'à nos visiteurs. Cette musique est l'un des principaux marqueurs de la culture bretonne actuelle mais nulle part on ne propose de façon cohérente, moderne et ludique de la comprendre . Certes ce genre de centre d'interprétation a un coût mais il est anormal que ce type de projet ne puisse voir le jour ou soit remisé à plus tard alors que le besoin est là, besoin culturel évidemment mais aussi économique car à nos visiteurs il faut aussi pouvoir proposer des lieux de découverte de notre culture. Les musées jouent leur rôle, des sites comme Océanopolis aussi, mais il manque de façon criante ce type de centres d'interprétation . Sur la musique évidemment d'autant que les collections sont là, la demande est là ( voir Dasson an Awel ) mais aussi sur les costumes de Bretagne ( vous savez où les voir ? un peu ici, un peu là, mais aucun lieu qui propose une vision globale) , l'histoire, etc...

Pour en revenir à la musique et son centre d'interprétation, deux lieux semblent être possibles pour l'accueillir, Gourin et son château de Tronjoly, haut-lieu du Championnat national des Sonneurs chaque mois de septembre; certes le château est un peu alambiqué pour abriter un tel centre mais pourquoi ne pas y rajouter un espace dédié ? Autre site possible et cohérent, Lorient avec son Championnat national des bagadoù et son Festival interceltique. Encore faudrait-il que les élus sortent de leur torpeur et portent un tel projet.

Bon, on attend quoi ?

Voir le site de Dasson an Awel


jeudi 13 août 2015

Interceltique 2015: une Bretagne moderne et créative avec Pascal Jaouen et Richard Quesnel .

L'Interceltique de Lorient, c'est tellement foisonnant pendant dix jours, qu'on peut avoir du mal à s'y retrouver et à se poser pour tenter de choisir ce que l'on aimerait souligner et mettre en valeur.

Suite à quelques remarques sur le côté supposé un peu "has been" de la Bretagne présentée au FIL, je vais donc revenir sur deux évènements qui, pour moi, marquent justement la modernité et la créativité de la culture bretonne actuelle et ce ne sont que deux exemples parmi bien d'autres qui témoignent de la vitalité de notre culture.

Pascal Jaouen présentant la robe "Hermine"

Plus de 1200 personnes ont ainsi assisté au défilé de mode que Pascal Jaouen proposait mardi dernier au Palais des Congrès de Lorient sur le thème du "Gwenn-ha-Du" en hommage à la Bretagne et au drapeau breton. Que dire ? quasiment que des superlatifs ! Magique, magnifique, moderne, enthousiasmant, de niveau international, une bande son super top (créée par le Bagad Kemper et Red Cardell ). Et une affirmation claire et décomplexée de sa "bretonnité" de la part de Pascal Jaouen. Ca nous change de divers "artistes" qui se contorsionnent dans tous les sens pour éviter le terme "breton" comme si c'était une marque infamante et malodorante, ces mêmes "artistes" qui passent leur temps à faire des ronds de jambes dans les cours parisiennes en gommant toute véritable référence à la Bretagne . Pauvres d'eux ! Pascal Jaouen est d'une autre trempe: celle d'un artiste véritable, d'un créateur, conscient de ce qu'il est et d'où il vient, méprisant le provincialisme et prenant pied sur la scène internationale. Oui, bravo à lui et ce travail remarquable. Une leçon pour beaucoup et dont la conclusion pourrait être "Bretagne est univers" .




Toujours ce même mardi et dans un tout autre registre, l'Académie de Musique et des Arts Sacrés de Sainte-Anne d'Auray proposait à l'église ND de la Victoire une création co-produite par le FIL, la cantate "Promesa" écrite par Richard Quesnel, chef des Chœurs de la Maîtrise de Ste Anne d'Auray..

La grande foule pour cette cantate Promesa

Cette œuvre pour chœur, solistes et ensemble instrumental, fond avec intelligence, tradition bretonne et musique classique, reprenant des textes de Yann-Ber Kalloc'h, des textes historiques, des chants et marches traditionnelles. Le rendu est remarquable et fait preuve d'une grande inventivité musicale; de la formation à Cambridge de Richard Quesnel, on en décèlerait même quelques influences anglaises notamment dans le "son" du chœur, quasiment des touches à la Benjamin Britten, le grand compositeur anglais. Ce chœur composé de collégiens et de lycéens est vraiment à saluer pour sa qualité et son dynamisme. A noter aussi le fait de faire participer les spectateurs en leur demandant de chanter ensemble régulièrement tout au long de l’œuvre. Une vraie réussite et un nouveau témoignage du dynamisme culturel breton.

Pascal Jaouen et "Promesa", deux exemples parmi bien d'autres de la création bretonne présente au FIL, deux exemples bien loin des clichés provincialistes que certains voudraient nous imposer et dans lesquels les mêmes aimeraient nous enfermer. L'avenir de notre culture passe par cette créativité de niveau international et par le rejet des carcans mortifères que l'on tente de nous imposer.

Oui, Bretagne est univers et Pascal Jaouen et Richard Quesnel le proclament de belle façon !

mercredi 12 août 2015

Festival interceltique 2015: où l'on parle réunification, politique, langue bretonne, drapeaux et région....

Le Festival de Lorient est un lieu et moment assez extraordinaires où, à côté de la programmation officielle, divers évènements nous ramènent aux dossiers habituels qui jalonnent l'actualité tout au long de l'année.



C'est ainsi que la question de la réunification de la Bretagne, enterrée de main de maître par le front des jacobins de tous bords et des notables archaïques accrochés à leurs petits pouvoirs, fit une nouvelle apparition dimanche dernier lors de la Grande Parade à travers les rues de Lorient. Grâce aux infatigables militants locaux de Bretagne Réunie, deux banderoles pour la réunification ont ainsi pu intégrer le très médiatique défilé et tout ceci avec la bénédiction de Lisardo Lombardia, directeur du FIL. Ouvrant la marche aux bagadoù de Nantes et de Saint-Nazaire ainsi qu'au cercle de Clisson, les deux banderoles ont recueilli énormément d'encouragements et d'applaudissements de la part du public....jusqu'au moment où.....la police les empêcha d'entrer dans le stade du Moustoir où se déroulait le final....Sur ordre de qui ? pour quelles raisons ? Mystère pour l'instant .... On peut simplement supposer que certains ne souhaitaient pas indisposer les VIP installés dans la tribune présidentielle.... Le dossier "réunification" serait-il devenu tellement "sulfureux" et politiquement incorrect ? On dirait bien .....



Et puisque cette journée devait réserver de nouvelles surprises, c'est donc Aita qui prenait le relais l'après-midi avec une opération visant le stand de l'université de Bretagne Sud sur le Quai de la Bretagne, action qui mit un joyeux bazar sur les quais noirs de monde. Après avoir démonté divers matériels de signalisation sur le site de l'Université, l'équipe d'Aita est venue les déposer devant le stand pour dénoncer l'absence de politique linguistique en faveur de la langue bretonne au sein de l'UBS, Aita visant expressément son président, Jean Peeters, dont on a déjà parlé ici-même à l'occasion de la visite du Président irlandais Higgins.. Aita en profitait par ailleurs pour tacler le FIL sur son manque d'enthousiasme concernant la langue bretonne. Il est vrai que dans ce domaine-là, le FIL n'est pas top tout en tentant pourtant de faire quelques petites choses mais le résultat n'est pas probant, loin de là: des fautes d'orthographe en pagaille sur la signalétique, absence de présentations des spectacles en breton, etc.... Mais je pense qu'il s'agit plus d'un manque d'organisation sur le sujet et qu'il suffirait que quelqu'un soit chargé du dossier au sein de l'équipe de du FIL pour que ça progresse correctement.


Petite anecdote amusante: le stand Écosse présentait depuis vendredi une banderole avec les drapeaux de toutes les nations celtes et... pas de drapeau breton mais un drapeau français. Quelques petites mains passant par là ont sans doute joué du ciseau durant la nuit car le lendemain, le tricolore était devenu bicolore. L'ami Iffig en profita pour offrir des Gwenn-ha-Du aux Écossais .

Le Festival, c'est aussi le lieu pour diverses personnalités politiques de venir voir, découvrir, écouter, parler. Là j'évoque ceux qui ont compris le sens du festival et l'importance de cet évènement. Évidemment il y en a qui n'ont toujours rien compris et qui discrètement continuent à savonner la planche au FIL et même parmi les élus lorientais (ceux qui connaissent la vie lorientaise les trouveront rapidement....). Pour en revenir à ceux qui y trouvent un intérêt, j'ai pu saluer Jean-Yves Le Drian, soutien du FIL depuis des décennies, ainsi que l'ami Jo Kergueris, ancien président du Conseil général du Morbihan: ces deux-là ont toujours été de fervents afficionados du FIL. Un autre élu  au FIL, c'est Jean-Michel Le Boulanger, vice-président du Conseil régional en charge de la Culture. L'occasion de m'étonner auprès de lui de l'absence de présence physique des institutions bretonnes. Lors de la Volvo race ou de la course du Figaro, la Bretagne était bien présente avec une belle exposition sur la dimension maritime bretonne: pour quelle raison n'y aurait-il pas dans les festivals bretons une exposition expliquant la Bretagne et sa culture ? Ces festivals sont quand même une occasion extraordinaire de faire passer des choses auprès des Bretons et de nos visiteurs. Et bien, selon JM Le Boulanger, le projet est en route et dans les tuyaux. Bonne nouvelle en espérant que ça se réalise dès 2016 car le vide est quand même assez criant.

Christian Troadec et Dan ar Bras.

Le FIL peut être aussi un moment intéressant pour parler politique et élections: c'est ce qu'a bien compris Christian Troadec présent sur le FIL ce lundi et qui a pu promouvoir ainsi auprès d'un large public sa future liste Oui la Bretagne.

Bref, il se passe donc toujours quelque chose à Lorient durant le FIL !

dimanche 9 août 2015

Interceltique 2015: une soirée de gala... qui n'en fut pas une ....

Chaque édition du festival interceltique programme le premier samedi soir au Grand Théâtre de Lorient ce que l'on peut qualifier de soirée de gala mettant en valeur la nation invitée de l'année. Une sorte de vitrine culturelle et musicale qui introduit la semaine de festival. Et tout ceci en présence d'une bonne partie des partenaires du Festival , institutionnels et privés, une vraie soirée de prestige.

Et il est vrai que les soirées proposées par le passé par le Pays de Galles, l’Écosse ou l'Australie ont marqué tant pour la qualité du spectacle et des artistes que pour la mise en scène et la fluidité de la soirée.

Rge Changing room : Cet excellent groupe folk cornouaillais est un projet commun entre l'auteur-compositeur-interprète Tanya Brittain et le musicien Sam Kelly. Ces talentueux artistes sont les lauréats du dernier Pan Celtic Festival où ils représentaient la Cornouailles : meilleur groupe traditionnel, meilleure nouvelle chanson traditionnelle et le prix International.

Et cette année, la déception est d'autant plus grande que la qualité des artistes n'y est pour rien. Des 8 groupes présentés sur scène, l'on peut dire, pour ceux qui suivent le festival depuis un temps certain, que le niveau musical s'est nettement amélioré ces dernières années tant en Cornouailles que sur l'Ile de Man. Le groupe manxois Barrule a une pêche d'enfer qui n'a rien à envier à celle de ses voisins irlandais et la jeune (et jolie) cornouaillaise Kezia possède une voix à faire se damner nombre de festivaliers. Cette Kezia sera-t-elle la Brenda Wootton des temps modernes en Cornouailles ? Barrule et Kezai, rien qu'à eux, valaient le détour. En revanche, avec un groupe comme Dalla, on avait l'impression de se retrouver au début des années 80, tendance celtico-mystique-retour à la terre, finalement assez exotique vu d'aujourd'hui mais guère excitant.

A noter la présence de danseuses des deux pays qui présentèrent une version actualisée de leurs danses traditionnelles du meilleur effet.

Stuart MacQuarrie et Jamie Toms se sont rencontrés en 2014 pour former un duo musical contemporain appartenant à la nouvelle scène populaire de la Cornouailles. Les deux artistes ont inventé un son unique et moderne, basé sur les techniques de jeu traditionnel.

A souligner aussi la tentative de création musicale de David Kilgallon autour d'une fusion entre les langues et les cultures des différentes nations celtiques. Initiative louable avec quelques moments très réussis mais dont la globalité mériterait d'être un peu retravaillé pour être réellement audible.

Mais en fait, l'ensemble des artistes a été plombé par la mise en scène ou plutôt le manque total de mise en scène, une sorte de défilé de groupes les uns après les autres avec 5 minutes de réglages techniques entre chaque groupe, sans véritable explication sur les groupes, leur répertoire... Ambiance cassée, massacrée par cet oubli impardonnable du liant, du tempo... On aurait voulu que l'écran du fonds de scène soit utilisé avec un aller-retour entre musique et pays concerné, on aurait souhaité avoir un présentateur, un acteur ou un conteur qui le temps des réglages techniques aurait pu nous parler des deux pays , de leur mythologie, de leur culture. Un vrai massacre pour une soirée de prestige ... On se serait cru il y a 25 ans.... Ce n'est plus pensable de proposer une soirée dite de "haute tenue" dans de telles conditions, c'est totalement contre-productif en terme d'image ....

Heureusement, vous avez encore huit jours pour découvrir ces groupes manxois et cornouaillais à travers le festival et au pavillon Man-Cornouailles.

Et pour terminer, la petite note habituelle: aucun mot en breton pour la présentation de la soirée .... Ça devient franchement pénible.....

jeudi 6 août 2015

"Les relations avec les autres pays celtiques ont une importance fondamentale pour l'Ile de Man" affirme Phil Gawne, ministre manxois, à l'occasion du Festival Interceltique.

Phil Gawne, ministre manxois des infrastructures et président de Culture Vannin
L'Ile de Man est sans doute la nation celtique la moins connue en Bretagne. Et pourtant, cette île de la mer d'Irlande et ses 85 000 habitants sont représentés à Lorient depuis les débuts du Festival. De tradition gaélique à l'instar de l'Irlande et de l'Ecosse, l'Ile de Man jouit d'un statut de quasi-indépendance ne relevant en pricipe que directement du souverain britannique au titre de "Lord of the Isle", n'étant membre ni du Royaume-Uni ni de l'Union européenne.

Cette année, l'Ile de Man partage avec la Cornouailles le statut d'invité d'honneur au Festival interceltique de Lorient. C'est dans ce cadre que nous avons pu poser quelques questions à Phil Gawne, ministre du gouvernement manxois en charge des infrastructures et président de Culture Vannin.

JYLT: Que représente pour vous cette présence manxoise au Festival interceltique de Lorient ?

Phil Gawne: Cette opportunité de partager le statut d'invité d'honneur est un grand privilège pour l'Ile de Man et je dois dire que j'y ai travaillé depuis la première fois où j'ai participé au Festival il y a trente ans alors que j'étais encore étudiant. C'est une chance extraordinaire de présenter et de promouvoir notre petite nation insulaire aux centaines de milliers de visiteurs. Et c'est une superbe occasion pour nos danseurs, musiciens, artistes et aussi producteurs de présenter leur savoir-faire dans le cadre d'un évènement international.

JYLT: Les contacts avec les autres pays celtiques sont-ils importants pour vous et comment souhaitez-vous les développer ?

Phil Gawne: Ces relations avec les autres pays celtiques ont une importance fondamentale pour l'Ile de Man. L’Écosse et l'Irlande nous ont beaucoup aidés pour maintenir et développer notre langue manxoise d'origine gaélique ainsi que notre musique traditionnelle. Le Festival de Lorient,lui, nous a ouvert de nombreuses portes pour exporter nos artistes mais aussi nos productions agro-alimentaires comme les fromages d'Isle of Man Creameries et nos produits de la mer avec les superbes Manx Queen scallops .

Nous avons des liens très étroits avec nos cousins gaéliques d’Écosse et d'Irlande et nous sommes membres de nombreux organismes et associations de promotion des langues gaéliques. Nous participons à de nombreuses rencontres sur ce sujet. Par ailleurs, nous participons au British Irish Council (note JYLT: Conseil qui rassemble tous les gouvernements des états et régions autonomes des îles britanniques,Irlande, Irlande du nord, Écosse, Pays de Galles, Grande-Bretagne, Iles de Man, Guernesey et Jersey, conseil mis en place après la signature des accords de paix en Irlande du Nord dits du "Vendredi Saint" en 1998 ), ce Conseil ayant une compétence spécifique consacrée aux langues traditionnelles des pays membres.

Dans le domaine musical, nous participons régulièrements aux festivals nationaux écossais, irlandais et gallois et bien entendu à l'incomparable Festival Interceltique de Lorient. La qualité de nos musiciens atteint désormais le niveau professionnel après des années d'investissements personnels et de soutien d'organismes comme celui que je préside, Culture Vannin.

Culture Vannin est le principal financeur de notre présence cette année au festival de Lorient et joue un rôle très actif dans les programmes de développement à destination des jeunes musiciens, chanteurs et danseurs.


JYLT: Quelle est la situation actuelle de la langue et de la culture manxoises ?


Phil Gawne : Il est vrai et triste à la fois de constater que notre langue manxoise n'est utilisée que par une petite minorité des habitants de Man. Ceci dit, il y a une demande croissante et un véritable enthousiasme parmi les plus jeunes générations pour tout ce qui touche à la langue et à la culture manxoises; c'est d'ailleurs l'un des buts principaux de Culture Vannin. Depuis 2001, l'histoire , la culture et la langue manxoises font partie des programmes de nos écoles. Nous avons une école primaire gaélique, Bunscoill, dont j'ai d'ailleurs aidé à la création, et cette école a permis à l'UNESCO de créer une nouvelle catégorie "langue en voie de renouveau" dans son classement mondial des langues et d'y inclure le Manxois. Auparavant, notre langue était considérée par l'UNESCO comme "disparue" mais lorsque les enfants de Bunscoill ont écrit en manxois à l'UNESCO pour demander le changement de classification, les autorités concernées ont du créer une nouvelle catégorie, le Manxois devenant ainsi la première langue au monde sortant de la catégorie "disparue" et requalifiée "en renouveau" ......

Le site millénaire du Tynwald, le parlement manxois, célébré tous les 5 juillet.
 JYLT: Quel regard portez-vous sur les processus de dévolution en Ecosse et au Pays de Galles ?

Phil Gawne : En un sens, l'Ecosse et le Pays de Galles rattrapent leur retard sur l'Ile de Man mais la marge reste considérable en terme de libertés institutionnelles: l'Ile de Man est une nation pratiquement indépendante dans tous les domaines si ce n'est pour les affaires étrangères et la politique d'immigration. Cette évolution institutionnelle chez nos voisins est passionnante et nous concerne directement vu nos liens culturels, linguistiques et commerciaux. Nous travaillons en bonne entente avec les gouvernements écossais et gallois.

JYLT: Quel message souhaitez-vous porter à travers cette Année de l'Ile de Man (et de la Cornouailles) ?

Phil Gawne : L'Ile de Man est présente à Lorient depuis la première édition du Festival interceltique et nous en sommes très fiers. C'est vraiment un grand festival et nous sommes particulièrement honorés d'avoir été choisis avec nos cousins celtiques de Cornouailles comme invités d'honneur cet année. Nous espérons que tout le monde viendra visiter notre pavillon et apprécier notre musique, notre cuisine, notre culture et les paysages de notre magnifique île indépendante.

JYLT: Merci et très bon festival !

A voir le site de Culture Vannin.


Timbres édités par la Poste manxoise à l'occasion du Festival Interceltique.


La Cornouailles sur la voie de l'autonomie: rencontre avec John Pollard, président du Cornwall Council, à l'occasion du Festival Interceltique.

John Pollard, président du Conseil de Cornouailles


Début Juillet, l'on apprenait que le gouvernement britannique avait accepté de mettre en place des mesures de dévolution (autonomie) pour la Cornouailles. Bien qu'officiellement ne faisant pas partie des 4 nations historiques constitutives du Royaume-Uni ( la Cornouailles restant administrativement incluse dans l'Angleterre), celle-ci va être le premier "comté" à obtenir un certain degré d'autonomie suite aux travaux des politiques et institutions cornouaillais. Alors que le Festival interceltique de Lorient met cette année en valeur l'Ile de Man et la Cornouailles, le président du Cornwall Council a bien voulu répondre à quelques questions sur l'actualité cornouaillaise et la présence de son pays à Lorient.


JYLT: que représente pour vous la participation de votre pays au Festival interceltique ?  

John Pollard: C'est une occasion merveilleuse de présenter le meilleur de la Cornouailles. Je pense qu'il faut vraiment avoir suivi ce festival pour bien le comprendre et ma présence l'année dernière fut vraiment éclairante. C'est un évènement de premier ordre et nous sommes très heureux d'y apporter notre touche cornouaillaise et de contribuer ainsi à la richesse et au dynamisme de ce festival. C'est vraiment un grand honneur d'être les invités de l'année avec l'Ile de Man.

JYLT: Quelle importance donnez-vous aux relations avec les autres pays celtiques ?

John Pollard: Dès qu'une possibilité s'ouvre, nous essayons de travailler ensemble dans les domaines culturels et économiques. Nous avons des liens très forts avec le Finistère et nous développons des projets en commun. D'ailleurs , nous accueillons un permanent du Conseil départemental du Finistère au sein de notre administration afin de suivre ces dossiers communs et les faire avancer au mieux. Et bien entendu, nous sommes présents dans la plupart des festivals celtiques et nous souhaitons y trouver des opportunités pour travailler ensemble sur différents sujets.

JYLT: Quelle place pour la culture et la langue corniques dans la Cornouailles d'aujourd'hui ?

John Pollard:  La Cornouailles présente de nombreuses particularités et nous venons, d'ailleurs d'être reconnus comme minorité nationale selon les critères de la Convention européenne. Notre pays est géographiquement distinct avec un patrimoine important du néolithique jusqu'à la révolution industrielle. Il est vital pour notre avenir de protéger et promouvoir ce patrimoine ainsi que notre culture à travers tous les moyens modernes de communication. Notre culture est de plus en plus appréciée et le nombre de locuteurs en cornique augmente petit à petit. De nombreuses expressions corniques sont de plus en plus utilisées dans la vie de tous les jours.

Signalétique bilingue à la Police Station de Truro.
JYLT: Comment vous situez-vous par rapport aux processus de dévolution en cours au Pays de Galles et en Écosse ?

John Pollard:  Nous venons juste d'obtenir l'accord du gouvernement pour la mise en place des premières mesures d'autonomie (dévolution) pour la Cornouailles, une première en dehors de l’Écosse, du Pays de Galles,de l'Irlande du Nord ou des grandes métropoles. Notre Cornwall Council (l'équivalent grosso modo d'un Conseil départemental) avait pris l'initiative de faire des demandes claires et précises et bien que ce ne soit qu'une première étape, notre travail a déjà porté ses fruits. Ce que nous avons dénommé The Case for Cornwall ( nos demandes) a abouti au Cornwall Deal, c'est tout à fait enthousiasmant pour l'avenir de notre pays.

JYLT: Quel message souhaitez-vous porter lors de cette Année de la Cornouailles (et de l'Ile de Man) au festival de Lorient ?
John Pollard: la Cornouailles est un endroit extraordinaire pour y vivre et y travailler mais aussi à visiter. Nous avons un patrimoine très riche et une culture dynamique que nous souhaitons partager avec nos visiteurs. Par ailleurs nous souhaitons construire une société équitable, résiliente et dynamique et l'occasion offerte par le festival de présenter la Cornouailles sous son meilleur jour est pour nous très positive.
JYLT: Merci et Bon Festival
Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur The Case for Cornwall voir ici.

lundi 3 août 2015

Ce samedi 1er août, le centenaire des obsèques de Jeremiah O’Donovan Rossa a marqué le lancement des cérémonies de 2016.

Jeremiah O’Donovan Rossa est l’une des figures emblématiques du mouvement de libération de l’Irlande.

Jeremiah O'Donovan Rossa

Né en en 1831 à Rosscarbery dans le comté de Cork, O’Donovan Rossa fut l’un des fondateurs de l’Irish Brotherhood Society en 1858. Arrêté en décembre de la même année, il fut maintenu en prison jusqu’en 1865 sans procès. Par la suite, il est accusé de mener un complot fenian, de haute trahison et condamné à vie dans une prison anglaise.

Lors de l’amnistie de 1870 et sur promesse de ne pas revenir en Irlande, Jeremiah O’Donovan Rossa s’exile aux USA où il va développer de nombreuses activités en faveur de l’Irlande . C’est lui notamment qui est à l’origine de la première campagne d’attentats sur le sol britannique durant les années 1880.

Fatigué par la maladie, O’Donovan Rossa s’éteint le 29 juin 1915.

Saisissant cette opportunité d’en faire un évènement national, le mouvement républicain organise ses funérailles le 1er août 1915 à Dublin auxquelles assistent des dizaines de milliers de personnes . C’est au cimetière de Glasnevin que Patrick Pearse donna l’un de ses plus célèbres discours, véritable appel aux armes pour libérer l’Irlande.





Considérées comme le premier évènement qui devait amener au soulèvement de Pâques 1916, ces funérailles ont été l’occasion, un siècle plus tard, ce 1er août 2015, d’une double commémoration: d’une part, une cérémonie en présence du corps diplomatique et des descendants d’O’Donovan Rossa au cimétière de Glasnevin sous la présidence de Michael D. Higgins, le président irlandais que les Lorientais connaissent bien ( voir son discours remarquable à Lorient en août 2015 largement censuré par la presse locale ). La reconstitution du discours de Patrick Pearse par l’acteur Jim Roche fut particulièrement puissante et semble avoir touché l’assistance dont les leaders actuels du Sinn Fein , Martin McGuinness et Gerry Adams.

Ce même samedi, le Sinn Fein organisait une véritable reconstitution des funérailles d’O’Donovan Rossa à travers les rues de Dublin devant des milliers de spectateurs.


Cette journée marquait le lancement des commémorations du soulèvement de Pâques 1916 qui vont s’échelonner jusqu’au 27 mars 2016 puis continuer dans les années suivantes pour marquer le centenaire d’évènements fondamentaux pour l’Irlande comme la guerre anglo-irlandaise, le traité de paix, la partition du territoire irlandais, etc…

samedi 1 août 2015

A voir à Quimperlé: Pascal Jaouen et Paul Bloas

Deux expositions à voir cet été à Quimperlé, l'une en ville basse, l'autre en ville haute, de deux artistes d'exception représentatifs de la vitalité de la culture bretonne contemporaine, Pascal Jaouen et Paul Bloas.

Pascal Jaouen, le génial brodeur

Détail d'une des créations de Pascal Jaouen

C'est à la magnifique maison des Archers, bâtiment du XVIe siècle, en basse ville, que Pascal Jaouen propose une exposition autour du costume breton et de sa propre ré-interprétation à travers des travaux récents de 2000 à 2014. C'est vraiment remarquable. Son travail mériterait une diffusion bien plus large et l'on se prend à rêver au retour d'une ligne de prêt à porter inspirée de ses travaux ......



A voir jusqu'au 20 septembre tous les jours sauf le mardi, Maison des Archers, 7 rue Dom Morice à Quimperlé.

Paul Bloas, un marqueur des espaces



Autre exposition à découvrir à Quimperlé en profitant d'un billet couplé avec la Maison des Archers, celle de Paul Bloas à la chapelle des Ursulines, en ville haute. Intitulée "Géants et méduses", Paul Bloas y propose ses "Saigneurs" , dessins géants, qui surveillent 5000 petits carrés de faïence décorés  de ses dessins et suspendus à une douzaine de méduses en osier: c'est tout à fait étonnant et assez magique. Dans un autre espace de la chapelle, on trouve son travail "Cormourants" autour du cimetière à bateaux militaires de Landévennec qui lui valut d'être trainé au tribunal par la Marine sous l'accusation de "dégradations d'épaves" .... pour être félicité par la suite par la même Marine ( Le Père UBU serait-il marin ?). Le travail de Paul Bloas est remarquable et d'autant plus remarquable que ses oeuvres sont...géantes !



A voir jusqu'au 5 octobre tous les jours sauf le mardi, à la Chapelle des Ursulines, Haute-ville de Quimperlé.