jeudi 26 novembre 2015

Migrants, économie, sécurité : oui à l'Europe, non aux postures hypocrites et autoritaristes .



Que l'on me permette ici un petit coup de gueule qui vient d'une exaspération grandissante depuis plusieurs mois au fil de l'actualité devant l'hypocrisie d'une bonne partie du personnel politique français à laquelle s'ajoute désormais un discours frôlant l'autoritarisme.

Je ne prendrai que 3 exemples récents.

Vous avez dit dumping social ?

La Bretagne en connaît les effets dévastateurs, ce dumping social qui permet dans un autre pays européen d'embaucher des salariés à moindre coût et qui aboutit à une concurrence déloyale entre, par exemple, des entreprises agro-alimentaires installées en Bretagne et celles basées en Saxe ou ailleurs . Bien évidemment c'est insupportable et incompréhensible dans une Europe que l'on croyait unie et solidaire.Et nos responsables de dénoncer les coupables : l'Europe, l'Allemagne, l'Euro et j'en passe. Les mêmes responsables d'ailleurs qui ont freiné la construction européenne en diabolisant toute évolution fédéraliste. Il y a quelques années, l'Allemagne consciente des problèmes économiques à venir avait fait une proposition à Paris portant sur l'harmonisation économique accompagnée d'une harmonisation fiscale et de la mise en place d'institutions fédérales...La chancellerie allemande attend toujours la réponse de Paris.... A croire que dans les faits, la France n'est pas intéressée par cette fameuse harmonisation ( et il est vrai que dans le cadre d'une telle harmonisation, le système français devrait fortement être revu ). mais comme on vous le dit, c'est la faute de l'Europe !

Cachez ces migrants qu'on ne saurait voir

L'arrivée massive de migrants en provenance des pays touchés par la guerre a suscité une sorte de concours d'hypocrisie au sommet de l'Etat. Les arrivées devenant de plus en plus nombreuses, nos responsables ne purent en rester aux vœux pieux et aux larmes de crocodile et une petite musique a commencé à se faire entendre au printemps dernier pointant l'inefficacité des premiers pays touchés comme la Grèce, la Hongrie ou encore la Roumanie en y rajoutant d'ailleurs la ritournelle habituelle "C'est la faute de l'Europe". Et lorsque la Commission européenne proposa une mesure de solidarité assez évidente, c'est à dire une répartition des réfugiés à travers les différents états européens suivant leurs moyens, l'un des premiers à s'élever contre cette proposition fut la France aussitôt suivie avec empressement par les états les plus conservateurs. Puis vint le piteux rétropédalage français.... Le vrai bazar qui s'en est suivi avec des dizaines de milliers de réfugiés sur les routes européennes, des barrières qui s'élèvent ici ou là ne fait que souligner l'absence d'une véritable Europe capable d'intervenir dans les pays du sud et du sud-est européen pour gérer au mieux ce drame humain et humanitaire : où sont les gardes-côtes européens ? où est la police européenne ? Ben non, ça n'existe pas et tout reste au bon vouloir des états.... mais comme on vous le répète à foison, c'est la faute de l'Europe !

Se dédouaner en accusant les autres 

L'abominable drame que furent les attaques djihadistes à Paris a donné lieu là aussi à un concours d'hypocrisie mettant en cause l'Europe et la Belgique accusées à tour de rôle d'inefficacité sinon de nullité . Encore une facilité pour éviter les questions qui dérangent . Il est quand même bon de rappeler que la France a été l'un des premiers états à refuser la mise en commun des fichiers des passagers aériens intra-Europe, que les services français ne veulent pas de la création d'une agence européenne du renseignement, etc... Quand on sait ça, c'est encore plus insupportable d'entendre divers commentateurs et différents politiques mettre sur le dos de l'Europe l'absence de politique commune en la matière.

Comment courir après le FN

Donc voilà nos donneurs de leçons patentés qui après avoir dénoncé l'Europe comme source de tous nos maux en arrivent à des postures martiales et autoritaristes. Certes il est tout à fait normal qu'après de si dramatiques événements, l'on veuille arrêter toute personne plus ou moins mouillée dans ces opérations. Mais il n'y a aucune véritable raison pour développer des discours autoritaires assez choquants je dois dire. Ou alors il y a une  bonne raison...... courtiser les électeurs du FN. Et hop on sort le drapeau français, et hop on fait des discours ultra-sécuritaires, ou encore on veut changer une constitution (on se demande bien pourquoi d'ailleurs ), et zou on interdit des manifestations à tour de bras au nom de , au nom de quoi en fait ? Serions-nous en période électorale  ah ben oui en fait ! Où sont les démocrates ? On ne voit plus que des républicains  brandissant leurs valeurs républicaines comme Moïse brandissait les tables de la Loi. Où sont les pro-Europe ? Il n'y a en plus maintenant dans les medias que pour les thuriféraires de l'ordre, de la République une et indivisible, tous aspirés petit à petit par le trou noir qu'est ce FN .... Par la même occasion, la Bretagne est sommée de disparaître derrière ces cohortes de bleu-blanc-rouge et de Marseillaise. Plus de Bretagne, plus d'Europe, terminé, fini.... Comme si partager la peine, rendre hommage ne pouvait se conjuguer qu'en bleu-blanc-rouge ...

L'Europe, seule voie d'avenir pour la Bretagne

Le choix pour la Bretagne est relativement simple désormais: se retrouver enfermée dans un hexagone replié sur son nombril dont la vie politique n'évolue qu'au rythme du FN ou alors participer à la construction d'une véritable fédération européenne garante de notre développement économique, de nos droits démocratiques, de la diversité linguistique et culturelle. Ceci dit, la construction européenne est une longue aventure ainsi que l'émancipation de la Bretagne mais les prochaines élections régionales offrent l'occasion de conforter l'avenir de la Bretagne dans une véritable Europe unie et diverse. Ne vous trompez pas de bulletin ! Donnons un coup d'air frais et chassons tous ces miasmes sentant le renfermé .

vendredi 20 novembre 2015

Hersart de la Villemarqué, pourquoi tant de haine ?

Théodore Hersart de la Villemarqué, 1884, par Évariste-Vital Luminaise


Le CRBC organisait fin de semaine dernière deux jours de colloque au Manoir de Kernault autour de la figure de Théodore Hersart de la Villemarqué à l'occasion du bicentenaire de sa naissance.

Les divers intervenants ont tenté avec succès de cerner la personnalité de l'auteur du Barzaz Breizh en abordant son environnement familial, ses engagements politiques, ses réseaux, ses liens avec le Pays de Galles, ses différents ouvrages.

Deux journées particulièrement éclairantes et qui m'ont permis de mieux comprendre les polémiques très violentes dont La Villemarqué fut l'objet pendant des décennies et même pendant près d'un siècle. Rappelons qu'assez rapidement , La Villemarqué fut accusé d"avoir "inventé" les textes du Barzaz Breizh, polémique qui allait durer jusqu'à ce que Donatien Laurent étudie les cahiers de collectage conservés dans la famille La Villemarqué et établisse la véracité du collectage effectué par Théodore Hersart.

Pourquoi donc tant de haine envers le Barzaz Breizh et La Villemarqué ?

C'est au fil des différentes interventions et aussi des remarques et questions du public que je me suis fait une idée assez précise des raisons qui ont poussé certains pendant près d'un siècle à vouloir absolument détruire ce personnage et son oeuvre.

On peut finalement dire que le Barzaz Breizh est un peu l'arbre ( très gros arbre !) qui cache la forêt des actions de La Villemarqué qui ont influencé la Bretagne et sa culture jusqu'à aujourd'hui.

L'interceltisme

En participant à l'Eisteddfod d'Abergavenny en 1838 au Pays de Galles, La Villemarqué pose ce que l'on pourrait appeler la première pierre des relations interceltiques des temps modernes, relations qui ne cesseront de se développer jusqu'à aujourd'hui. Alors bien entendu en cette période de romantisme qui marque la première moitié du XIXème siècle, la vision développée par La Villemarqué et ses collègues nous paraît emprunte de rêves et de brumes bien éloignées de la réalité mais il  n'en reste pas moins que La Villemarqué est l'un sinon le fondateur de l'interceltisme.

La langue bretonne

Jusque-là, je n'avais pas trop fait attention aux liens profonds entre La Villemarqué et Jean-François Le Gonidec, le grand linguiste. C'est en s'appuyant sur les travaux de Le Gonidec, que La Villemarqué va tenter d'imposer une réforme orthographique de la langue bretonne ainsi qu'un travail sur le vocabulaire en s'inspirant de l'exemple gallois. Avec plus ou de moins de succès, La Villemarqué sera pendant des décennies le porte-parole de la modernisation linguistique bretonne par volonté de sortir la langue bretonne de l'état dans lequel elle lui semblait se complaire. Cette volonté sera reprise par d'autres durant le siècle qui suivra et provoquera des débats sans fin assez violents jusqu'à la fin des années 1990.

Le réveil des nationalités

Le XIXème siècle a été marqué par ce que l'on nomme "le réveil des nationalités" avec le retour sur la scène européenne de peuples qui jusque là avaient disparu, enfermés et étouffés par les empires, royaumes et autres républiques, Tchèques, Écossais, Croates, Irlandais, Baltes, ce sont des intellectuels, des artistes, des écrivains, des musiciens qui remettent à l'honneur leur propre culture en tentant de la mettre au "niveau" des grandes cultures européennes dominantes. C'est dans ce contexte européen que l'on peut replacer La Villemarqué et ses amis. Grâce à leur travail et à leurs oeuvres, la Bretagne a retrouvé sa place sur la carte européenne. Même si la dimension politique en Bretagne aura pris moins d'importance qu'ailleurs tout au moins dans l'immédiat, le résultat fut que la Bretagne, sa culture et sa langue, retrouvèrent une nouvelle jeunesse aux yeux des intellectuels européens.

Critiquer le Barzaz Breizh pour affaiblir La Villemarqué

La violence des attaques contre le Barzaz Breizh peut s'expliquer bien entendu par diverses raisons, notamment du fait de fortes inimitiés personnelles, des problèmes d’ego, etc... Mais le fait que ces attaques continuèrent longtemps après la disparition de La Villemarqué m'amènent à penser que le sujet véritable n'est pas le Barzaz Breizh en tant que tel. L'inimitié, la haine, les attaques développées contre La Villemarqué portent en fait sur son rôle joué à travers ses œuvres, ses actions pour la renaissance de la Bretagne, de sa culture et de sa langue.

On a voulu l'enfermer dans des accusations de menteur, affabulateur, réactionnaire mais rien n'y a fait. Grâce à son travail et à celui de ses amis, la Bretagne a pu retrouver sa place au sein des cultures européennes au grand désespoir sans doute de ceux qui auraient voulu (voudraient) confiner la Bretagne au rôle de province quelque peu folklorique.


PS: juste deux points . Il a été question à plusieurs reprises d'Auguste Brizeux et il m'a semblé que son rôle a été sous-estimé jusqu'à présent; il serait intéressant de revenir sur ce personnage à l'occasion d'un prochain colloque. Enfin c'est l'occasion de souligner le travail extraordinaire de Fanch Postic, depuis 25 ans cheville ouvrière de Kernault, membre du CRBC et du CNRS.

mardi 10 novembre 2015

11 novembre : bis repetita ... malheureusement ..

En octobre 2014, j'écrivais ici même un article consacré aux commémorations du 11 novembre (voir l'article) qui se terminait par le paragraphe ci-dessous. Malheureusement, ces mots sont toujours d'actualité et je les republie donc ce 11 novembre 2015.

Que les états européens présentent leurs excuses !

Au lieu d'avoir à subir des cérémonies dites patriotiques où l'on raconte les mêmes discours convenus depuis des décennies, il serait grand temps, et pourquoi pas le prochain 11 novembre, que les états européens présentent de façon commune et solidaire leurs excuses à l'ensemble des peuples européens pour les atrocités et le massacre de masse perpétrés en 1914 - 1918 car cette guerre a été initiée uniquement par les états pris dans un engrenage politicien nationaliste délirant . Comme le disait le parlement d'Alsace-Moselle en 1913 ( et oui, l'Alsace-Moselle avait son propre parlement alors, institution supprimée par la France en 1919.... avant que l'Alsace elle-même ne soit rayée d'un trait de plume par M. Hollande en 2014...), comme le disait donc le parlement alsacien en 1913, il est inutile de faire cette guerre , l'Alsace n'en veut pas ..... L'on sait ce qu'il en est advenu.

Que les états présentent leurs excuses aux peuples européens et qu'ils arrêtent de s'auto-justifier dans des commémorations particulièrement déplacées.


Pour ceux qui veulent participer à un événement ce 11 novembre , rendez-vous à Ste Anne d'Auray.